Cela dit, ce n’est pas très graphe…

Une partie non négligeable de l’un de mes métiers consiste à tenter d’expliquer à mes élèves comment réaliser des représentations graphiques des objets mathématiques, statistiques ou probabilistes qu’ils étudient.

J’insiste quasi-quotidiennement sur le fait qu’une représentation graphique est supposée être la synthèse d’informations numériques disparates, synthèse dont on espère qu’elle permettra à la personne qui l’observe de mieux comprendre les relations entre les données numériques affichées.

Bien sûr, selon que la représentation s’adresse à des collègues mathématiciens, à d’autres scientifiques ou au commun des mortels, les informations que l’on porte peuvent se permettre d’être plus ou moins complexes ou complètes. Il est par exemple vain de tenter de faire comprendre à quelqu’un qui est en froid avec les mathématiques le fait qu’une droite représentée sur du papier semi-logarithmique ne caractérise pas un comportement linéaire.

De plus, si nous nous accordons pour dire que les mathématiques sont une science exacte, la représentation graphique, en ce qu’elle passe par l’intermédiation d’un sens visuel dont on sait à quel point il est facile à leurrer, est une source infinie d’erreurs d’interprétation, toute bonne foi supposée.

Prenons pour exemple ce graphe, issu aujourd’hui des Décodeurs du journal Le Monde :

Graphe 1

Voici un graphe qui n’est pas forcément simple : un sondage dans la population générale sur le temps mis par les gens pour l’analyser et le comprendre mènerait probablement à des résultats assez rigolos.

Qu’elle est la difficulté (et à mon avis l’erreur) de ce graphe ?

D’abord, le fait qu’il y ait deux échelles verticales (Montant de l’allocation en Euros, à gauche ; Indice des prix, à droite).

Ensuite que ces deux échelles ne soient pas facilement comparables.

Une lecture naïve, celle certainement faite de bonne foi par le lecteur moyen, comparerait l’évolution de la crête des barres des indices de prix avec les diverses évolutions des courbes des allocations.

Ce qui mènerait à conclure, par exemple, par des considérations du type : "Quelle bande d’enfoirés ! T’as vu ? Les allocs ont pratiquement stagné depuis 2000 ! Et la Paje, elle a à peine augmenté, comparée au coût de la vie ! Ah ça, par contre, les vieux et les handicapés, c’est tranquille pour eux !".

Las ! Les quantités ne sont pas comparables, encore moins leurs évolutions. L’échelle des montant, à gauche, est trop petite pour permettre de se faire une idée de l’évolution relative des deux courbes du bas. Mais l’œil très aguerri de votre hôte y repère des évolutions proches de 25%, c’est à dire globalement équivalentes à l’évolution des prix.

D’ailleurs, @samuellaurent , légèrement courroucé par ma remarque, me communique gentiment ce second graphe dans lequel toutes les données sont en indices avec une base 100 la même année, observez bien :

Capture d’écran 2014-04-17 à 16.30.34

Eh oui ! À part un véritable décrochage des catégories "Vieillesse" et "R.S.A." (qui s’en plaindrait, à part des crétins sans cœur), les autres prestations suivent tranquillement l’indice des prix.

Que conclure ?

Que nous pouvons nous réjouir du fait qu’une nouvelle génération de journalistes ait semble-t-il décidé de se mettre très sérieusement à l’exploitation et l’analyse des données statistiques. Mais que devant le niveau moyen objectif du lectorat en mathématiques, sa tâche est ardue…

 

 

 

 

 

 

Le monde des faux A

Il est assez courant de voir l’extrême droite européenne se référer à l’antiquité grecque: à travers l’iconographie, la symbolique, l’utilisation des noms de dieux et de personnages de la mythologie, elle est prompte à convoquer cette période — fantasmée — pour se réclamer de sa supposée sagesse et l’utiliser à des fins politiques (voir le passage "Du faux usage d’Athènes et de ses métèques" dans "Athènes vue par ses métèques" de Saber Mansouri chez Taillandier), ou pour se constituer une généalogie comme tentait déjà de le faire le régime Nazi. (Je vous renvoie à la lecture de l’excellent «Le national-socialisme et l’antiquité» de Johann Chapoutot chez P.U.F., dont voici une recension)

Dernier exemple en date, cette image qui tourne sur Twitter:

Nul besoin d’avoir fait du grec ancien ni même de connaître le style des textes rapportant la pensée d’Aristote pour voir que cette traduction pose problème: elle est rythmée par des éléments de langage propres à l’extrême droite, qui apparaissent comme autant d’anachronismes sémantiques. Rentrons plus avant dans les détails.

Pour ce faire, voici le texte d’origine (je me place sous le contrôle de mes amis hellénistes) tiré du site de référence Remacle.org:

Paragraphe 10 du Chapitre II du Livre VIII (ordinairement placé en V):

Στασιωτικὸν δὲ καὶ τὸ μὴ ὁμόφυλον, ἕως ἂν συμπνεύσῃ· ὥσπερ γὰρ οὐδ’ ἐκ τοῦ τυχόντος πλήθους πόλις γίγνεται, οὕτως οὐδ’ ἐν τῷ τυχόντι χρόνῳ· διὸ ὅσοι ἤδη συνοίκους ἐδέξαντο ἢ ἐποίκους, οἱ πλεῖστοι διεστασίασαν· οἷον Τροιζηνίοις Ἀχαιοὶ συνῴκησαν Σύβαριν, εἶτα πλείους οἱ Ἀχαιοὶ γενόμενοι ἐξέβαλον τοὺς Τροιζηνίους, ὅθεν τὸ ἄγος συνέβη τοῖς Συβαρίταις· καὶ ἐν Θουρίοις Συβαρῖται τοῖς συνοικήσασιν (πλεονεκτεῖν γὰρ ἀξιοῦντες ὡς σφετέρας τῆς χώρας ἐξέπεσον)· καὶ Βυζαντίοις οἱ ἔποικοι ἐπιβουλεύοντες φωραθέντες ἐξέπεσον διὰ μάχης·

Paragraphe 11

καὶ Ἀντισσαῖοι τοὺς Χίων φυγάδας εἰσδεξάμενοι διὰ μάχης ἐξέβαλον· Ζαγκλαῖοι δὲ Σαμίους ὑποδεξάμενοι ἐξέπεσον αὐτοί· καὶ Ἀπολλωνιᾶται οἱ ἐν τῷ Εὐξείνῳ πόντῳ ἐποίκους ἐπαγαγόμενοι ἐστασίασαν· καὶ Συρακούσιοι μετὰ τὰ τυραννικὰ τοὺς ξένους καὶ τοὺς μισθοφόρους πολίτας ποιησάμενοι ἐστασίασαν καὶ εἰς μάχην ἦλθον· καὶ Ἀμφιπολῖται δεξάμενοι Χαλκιδέων ἐποίκους ἐξέπεσον ὑπὸ τούτων οἱ πλεῖστοι αὐτῶν. Στασιάζουσι δ’ ἐν μὲν ταῖς ὀλιγαρχίαις οἱ πολλοὶ ὡς ἀδικούμενοι, ὅτι οὐ μετέχουσι τῶν ἴσων, καθάπερ εἴρηται πρότερον, ἴσοι ὄντες, ἐν δὲ ταῖς δημοκρατίαις οἱ γνώριμοι, ὅτι μετέχουσι τῶν ἴσων οὐκ ἴσοι ὄντες. 

Sur le même site, nous trouvons une traduction datant de 1874, par J. Barthélémy-Saint-Hilaire:

Paragraphe 10

La diversité d’origine peut aussi produire des révolutions jusqu’à ce que le mélange des races soit complet; car l’État ne peut pas plus se former du premier peuple venu, qu’il ne se forme dans une circonstance quelconque. Le plus souvent, ces changements politiques ont été causés par l’admission au droit de cité d’étrangers domiciliés dès longtemps, ou nouveaux arrivants. Les Achéens s’étaient réunis aux Trézéniens pour fonder Sybaris; mais étant bientôt devenus les plus nombreux, ils chassèrent les autres, crime que plus tard les Sybarites durent expier. Les Sybarites ne furent pas, du reste, mieux traités par leurs compagnons de colonie à Thurium; ils se firent chasser, parce qu’ils prétendaient s’emparer de la meilleure partie du territoire, comme si elle leur eût appartenu en propre. À Byzance, les colons nouvellement arrivés dressèrent un guet-apens aux citoyens; mais ils furent battus et forcés de se retirer.

Paragraphe 11

Les Antisséens, après avoir reçu les exilés de Chios, durent s’en délivrer par une bataille. Les Zancléens furent expulsés de leur propre ville par les Samiens, qu’ils y avaient accueillis. Apollonie du Pont-Euxin eut à subir une sédition pour avoir accordé à des colons étrangers le droit de cité. A Syracuse, la discorde civile alla jusqu’au combat, parce que, après le renversement de la tyrannie, on avait fait citoyens les étrangers et les soldats mercenaires. A Amphipolis, l’hospitalité donnée à des colons de Chalcis devint fatale à la majorité des citoyens, qui se virent chasser de leur territoire.
Dans les oligarchies, c’est la multitude qui s’insurge, parce qu’elle se prétend, comme je l’ai déjà dit, lésée par l’inégalité politique, et qu’elle se croit des droits à l’égalité. Dans les démocraties, ce sont les hautes classes qui se soulèvent, parce qu’elles n’ont que des droits égaux, malgré leur inégalité.

Nous voyons apparaître certains signes propres à une traduction du XIXème: par exemple, l’emploi libre du mot "race" ainsi que l’usage du mot "État" pour "cité" (en contemporaine, nous devrions dire "Cité-État").

Voici maintenant la traduction faisant référence aujourd’hui: elle date de 1993,  elle est le fruit du travail de P.Pellegrin et est parue chez Flammarion. Ne possédant pas le livre moi-même, je vais faire confiance à cet extrait tiré du site d’extrême droite Novopress :

Est aussi [facteur de] sédition l’absence de communauté ethnique tant que les citoyens n’en sont pas arrivés à respirer d’un même souffle. Car de même qu’une cité ne se forme pas à partir d’une masse de gens pris au hasard, de même ne se forme-t-elle pas dans n’importe quel espace de temps. C’est pourquoi parmi ceux qui ont, jusqu’à présent, accepté des étrangers pour fonder une cité avec eux ou pour les agréger à la cité, la plupart ont connu des séditions. Ainsi des Achéens fondèrent Sybaris avec des Trézéniens, puis les Achéens devenus majoritaires chassèrent les Trézéniens, d’où la souillure qui échut aux Sybarites. Et à Thourioi des Sybarites entrèrent en conflit avec ceux qui avaient fondé cette cité en même temps qu’eux parce qu’ils s’estimaient en droit d’avoir plus qu’eux sous prétexte que c’était leur propre pays : ils en furent chassés. À Byzance les nouveaux arrivants, pris en flagrant délit de conspiration, furent chassés par les armes.

Les gens d’Antissa chassèrent par les armes ceux qui fuyaient Chios et qu’ils avaient accueillis. Les gens de Zancle ayant accueillis des Samiens, ceux-ci les chassèrent de chez eux. Les Appoloniates du Pont-Euxin connurent des séditions après avoir introduit des étrangers chez eux. Les Syracusains, après la période des tyrans, ayant fait citoyens des étrangers, en l’occurrence des mercenaires, connurent des séditions et en vinrent aux armes. Les gens d’Amphipolis, ayant accepté des colons de Chalcis furent en grande majorité chassés par ces derniers.

Maintenant, reprenons la traduction non sourcée que fait circuler la déesse vierge d’extrême droite:

L’absence de communauté nationale est un facteur de guerre civile, tant que les citoyens ne partagent pas les mêmes valeurs de civilisation. Une cité ne se forme pas à partir de gens pris au hasard, et elle a besoin de temps pour se coaguler. C’est pourquoi, parmi ceux qui ont accepté des étrangers pour former une cité avec eux, et pour les intégrer à la cité, la plupart ont connu des guerres civiles. [...] Par exemple, les tyrans de Syracuse, en ayant naturalisé les immigrés, ont du subir des révoltes. Citoyens et étrangers en sont venus à se combattre.

Et constatons les éléments de langage:

«communauté nationale» (là où J.B-S-M traduit par "diversité d’origine" et P.P. par "communauté ethnique"): dans le texte "καὶ τὸ μὴ ὁμόφυλον", qui se traduit mot à mot par "le fait de ne pas être de la même tribu", au sens de race chez les anglo-saxons ou chez les français du XIXème, au sens de lignée (fondatrice) chez les Grecs. Il y a ici un glissement vers un concept, la nation, dont personne n’a non seulement réussi à prouver qu’il faisait sens à l’époque où Aristote est censé avoir prononcé ces mots (on traduit souvent le ethnos grec par nation, dans la Bible par exemple ; mais ce n’est pas le homophulon employé ici) , et encore moins qu’il pouvait avoir son sens moderne. À moins d’admettre que l’extrême droite ne conçoive la nation que comme une communauté de sang, ce qui est cohérent avec sa tradition xénophobe.

«guerre civile» (là où J.B-S-M traduit par "révolutions" et P.P. par "sédition"): dans le texte "Στασιωτικὸν", à traduire par soulèvement. Il est intéressant de constater comment un terme indéfini comme "soulèvement" (de qui ? contre qui ?), d’abord mal-traduit par J.B-S-M (il n’y a pas l’idée de retour qu’implique la révolution) devient un vocable à connotation définie chez Pellegrin (la "sédition" comme soulèvement contre l’autorité établie, son armée) pour recouvrir le sens plus large d’opposition potentielle entre groupements non-étatiques. Il faut y voir une volonté, courante dans l’extrême droite, d’évoquer la possibilité, voire le souhait, d’une opposition frontale entre les différents groupes.

«tant que les citoyens ne partagent pas les mêmes valeurs de civilisation» (là où J.B-S-M traduit par "jusqu’à ce que le mélange des races soit complet" et P.P. par "tant que les citoyens n’en sont pas arrivés à respirer d’un même souffle"): dans le texte "ἕως ἂν συμπνεύσῃ" c’est à dire "jusqu’à ce qu’il y ait un souffle commun". C’est bien la traduction de Pellegrin la plus fidèle, et ces "valeurs de civilisation" ne sont qu’un élément de langage pour donner des gages à une droite qui chercherait des prétextes pour se rapprocher de l’extrême droite.

«et elle a besoin de temps pour se coaguler» : la traduction de ce passage est difficile, et Pellegrin s’en sort parfaitement. Mais une chose est sûre: rien dans le texte d’origine n’évoque une métaphore "sanguine", elle est donc le fruit d’une volonté du traducteur.

«pour les intégrer à la cité» (là où J.B-S-M traduit par "[l'admission au droit de cité de] nouveaux arrivants" et P.P. par "pour les agréger à la cité"): dans le texte "ἐδέξαντο ἢ ἐποίκους" soit "accueillir en son sein (de nouveaux arrivés)". Encore une fois, Pellegrin trouve le mot juste et neutre: "agréger" n’est pas connoté politiquement, et laisse la possibilité d’un agrégat hétérogène; tandis que "intégrer" porte une lourde charge politique, et induit un résultat homogène. Encore une fois, nous voyons se dessiner en creux le programme de l’extrême droite, consistant à ne laisser d’autre choix à l’autre que de devenir nous-mêmes s’il souhaite faire partie de notre groupe, tout en le lui interdisant puisqu’il n’est pas de notre sang.

«en ayant naturalisé les immigrés» (là où J.B-S-M traduit par "on avait fait citoyens les étrangers et les soldats mercenaires" et P.P. par "ayant fait citoyens des étrangers, en l’occurrence des mercenaires"): dans le texte "τοὺς ξένους καὶ τοὺς μισθοφόρους πολίτας ποιησάμενοι", mot à mot "ayant fait citoyens les étrangers et les mercenaires". Je dois avouer que je ne m’explique pas ici le "en l’occurrence" de Pellegrin, à moins que des recherches historiques l’aient amené à conclure qu’en l’espèce, Syracuse n’avait fait citoyens QUE ses mercenaires. Mais une chose est sure: les mots "naturalisé" et "immigrés" n’ont rien à faire ici, le premier parce qu’il renvoie au concept de nation dont nous avons vu qu’il est inapplicable, le second parce qu’il ne recouvre pas la réalité historique des "étrangers" (encore moins des "mercenaires") de la Cité grecque. Il s’agit d’une traduction fausse, qui n’a d’autre objectif que de faire résonner des concepts contemporains qui sont enjeux de lutte politique.

«Citoyens et étrangers en sont venus à se combattre.»: Ici, la traduction rompt le rythme de la phrase d’origine pour fabriquer une principale n’existant nulle part. Ce faisant, elle crée un conclusion facilement mémorisable, évoquant à nouveau les risques d’opposition frontale entre groupes, de manière d’autant plus paradoxale qu’il est difficile de comprendre désormais qui sont les étrangers dont il est question, puisqu’ils viennent d’être "naturalisé(s)". À moins d’admettre que cette naturalisation est illusoire, et qu’elle ne fera jamais d’eux des citoyens puisqu’ils n’ont pas le même sang.

Force est donc de constater que cette dernière traduction est volontairement fausse: elle n’a d’autre propos que de fournir aux petits soldats incultes d’extrême droite des éléments de langage qu’ils resserviront servilement, fiers de pouvoir convoquer la puissance intellectuelle d’un Aristote, lors de leurs dîners mondains.

Mais tout ceci est d’autant plus truculent qu’en idéalisant l’Antiquité, l’extrême droite fait montre de sa plus notable incompétence historique, comme le dit bien mieux que moi Jean-Claude Carrière (Extrait de "Aristote n’est pas encarté au F.N.", Le Monde, 5 juin 1998)

De la récupération misérable du FN, il n’est pas difficile de discuter le détail. Le genre de racisme dont le FN fait son fonds de commerce n’existe pas dans l’Antiquité ! Les classifications climatiques anciennes qui opposent les Nordiques brutaux et les Asiatiques mous ne sont pas raciales. Si les Grecs traitent tous les autres de « Barbares » (les Romains compris), les autres peuples en font autant : les Perses, les Hébreux, les Romains, sont persuadés d’être le sel de la terre, et cela permet aux Perses, aux Grecs et aux Romains de justifier les pires des pratiques hégémoniques. Et cela n’empêche nullement les Grecs ou les Romains de répéter que les peuples des confins ont les sociétés les plus merveilleuses : Ethiopiens (Noirs) d’Afrique, Indiens, Hyperboréens du Grand Nord, Germains sauvages des forêts. Enfin, les prétendues inégalités « naturelles » d’Aristote sont individuelles, pas raciales.

Quant au goût de l’indépendance des Grecs, parlons-en. Il a fait rigoler toute la fin de l’Antiquité ! Les Grecs n’ont à peu près jamais été capables de s’unir politiquement, pas même contre la Macédoine et contre Rome. Pendant quelques siècles, ils se sont allègrement étripés entre eux jusqu’à la ruine. Résultat : ils y ont perdu leur liberté et leur richesse et sont devenus les sujets de Rome comme les autres. Moins imbéciles, les penseurs de Rome, comme l’empereur Claude sur les Tables de Lyon, ont répété : « N’imitons pas les "petits Grecs", incapables de distribuer leur citoyenneté. » Eux, substituant à la domination d’un peuple sur les autres la domination des riches sur les prolétaires, à l’échelle de l’empire, ont fait d’un notable d’Asie l’égal d’un notable d’Italie ou de Gaule et ont fini, en 212, par donner la citoyenneté romaine à tous les hommes de l’empire, de la Mésopotamie à l’Atlantique et de la mer du Nord au Sahara et à la Haute-Egypte.

The Invasion Of French Snatchers

Vous avez dû constater, si vous utilisez Twitter pour autre chose que pour faire des jeux de mots foireux sur les chanteurs morts, que tout ce que le réseau compte de petits nazillons 2.0 s’est mis en branle depuis quelques jours pour promouvoir un hashtag dont ils espèrent qu’il aura atteint son climax le 24 mai vers 17h, pendant le concert gratuit organisé à Paris en faveur du droit de vote des étrangers.

Ce hashtag, #grandremplacement , reprend le titre d’un livre de Renaud Camus dans lequel ce dernier développe sa "théorie" selon laquelle, en substance, se substitue insidieusement à la population de français "de souche" une autre, principalement issue d’Afrique et du Maghreb.

À grands renforts de twitpics d’état-civils ou de carte de la drépanocytose, n’hésitant pas à amalgamer tout ce qui dans l’actualité immédiate pourrait  les servir, comme les manifestations en Suède, le meurtre de Woolwich ou le suicide de l’un de leurs idéologues un peu énervé,  la "fachosphère" se met en ordre pour tenter, à l’approche des futures Municipales, de faire avancer ses petits pions bien blancs.

Issu moi-même d’une famille d’immigrés dont tous les membres ont été naturalisés en 1982, éminemment redevable à ce pays de m’avoir permis d’y faire de longues études et d’y fonder à mon tour une famille, j’ai toujours eu à cœur de suivre l’évolution des nouveaux arrivants.

J’ai aujourd’hui décidé de vous inviter à faire avec moi un petit point sur la situation récente.

Tous les chiffres utilisés ici sont tirés de ce document : INSEE 2010 (Pdf). Pour ne pas alourdir ce billet, je détaillerai systématiquement les pages pour que vous puissiez aller vérifier par vous-mêmes si vous ne me croyez pas sur parole.

Par ailleurs, mes hypothèses sont les suivantes :

  • L’INSEE est un organisme fiable et sérieux, qui n’est pas dirigé par les Illuminati, et les statistiques sont une discipline rigoureuse,
  • Les chiffres de 2011 et 2012 n’étant, de l’aveu même de l’INSEE, pas stabilisés, je m’arrêterai à ceux de 2010,
  • Rien, dans le document utilisé, ne semble stipuler l’origine régulière ou irrégulière de l’immigration lorsqu’est utilisé le terme de "nationalité étrangère hors UE des 27",
  • Comme le rappelle l’INSEE, l’acquisition de nationalité française est stable, gravitant autour des 140.000 par an depuis 1999,
  • Nous ne prendrons en considération, comme le fait l’INSEE, que deux critères : le lieu de naissance des parents, et leurs nationalités respectives.

Sur le long terme, en valeurs absolues (p.101)

Premier constat : le nombre total des naissances en 2010 (802.224) renoue avec les chiffres de 1980, après un minimum local atteint en 1994 (710.993). Depuis cette date, le nombre total est en augmentation quasi-constante.

Le nombre des naissances attribuées à deux parents nés en France, après s’être creusé entre 1980 et 1994, et reparti à la hausse pour se stabiliser autour des 580.000 depuis 2002.

Le nombre des naissances attribuées à un couple formé d’un parent né en France et l’autre à l’étranger, après être resté stable aux alentours des 80.000 entre 1980 et 1997, est en hausse légère mais constante, pour atteindre environ 125.000 en 2010.

Quant aux naissances attribuées aux couples formés de deux parents nés à l’étranger, elles ont retrouvé leurs niveau de 1980, soit environ 90.000, après avoir atteint un minimum local d’environ 70.000 en 1997.

Sur le long terme, en valeurs relatives suivant la nationalité de la mère (p.102)

Parmi les naissances de mères de nationalités étrangères, on constate :

  • Un retour aux valeurs de 1986 (environ 4,5%) pour les enfants nés de mères maghrébines, après un maximum de 5,9% en 1984 et un minimum de 3,5% en 1997,
  • Une hausse continue de 0,8% à 2,8% pour les enfants nés de mères africaines hors-maghreb,
  • Une stabilisation aux environs des 2,2% pour les enfants nés de mères européennes (hors ex-URSS),
  • Une hausse continue de 1,2% à 3% pour les enfants nés de mères d’autres nationalités,

Sur la dernière décennie, en valeurs absolues

Rentrons désormais plus profondément dans les chiffres de la période 1998-2010, tirés du tableau de la page 108.

Voici un tableau récapitulatif des naissances par nationalités des parents :

Capture d’écran 2013-05-23 à 20.26.33

Que retenir de ce tableau ?

  1. Que le nombre d’enfants nés de parents tous deux français augmente encore  de 1,87%, mais que la part de ces enfants dans le total des naissances diminue de 5,38 points de pourcentage,
  2. Que le nombre d’enfants nés de parents tous deux étrangers augmente de 7,31%, mais que la part de ces enfants dans le total des naissance est quasi-stable (baisse de 0,08 points de pourcentage),
  3. Mais surtout, que c’est le nombres d’enfants nés de couples mixtes qui connait une forte augmentation, puisqu’ils représentent désormais 6,89+6,40=13,29% des naissances.

Attachons nous désormais à analyser plus précisément les nationalités des parents étrangers : c’est ce que permet le tableau de la page 110, dont voici un résumé.

Capture d’écran 2013-05-23 à 21.02.45

Le constat précédent se précise : ce sont effectivement les couples mixtes UE-Hors UE, mais surtout Français-Hors UE qui voient augmenter de manière significative leurs nombres de naissances, représentant désormais 5,79+5,42=11,21% du total.

Pour terminer, descendons encore d’un cran pour analyser plus précisément les nationalités des mères étrangères, ce qui nous est possible grâce au tableau de la page 111, dont voici un résumé :

Capture d’écran 2013-05-24 à 11.36.25

Voici les conclusions que nous pouvons tirer de ce dernier tableau :

  1. Sur 500 naissances, entre 1998 et 2010, 6 de plus sont à attribuer à une mère ayant pour nationalité celle d’un pays du Maghreb (passant environ de 18 pour 500 à 24 pour 500)
  2. Sur 800 naissances, entre 1998 et 2010, 9 de plus sont à attribuer à une mère ayant pour nationalité celle d’un pays d’Afrique. (passant environ de 15 pour 800 à 24 pour 800)
  3. Sur 200 naissances, entre 1998 et 2010, 1 de plus est à attribuer à une mère ayant pour nationalité celle d’un pays hors Europe, Maghreb, Afrique, Asie. (passant environ de 1 pour 200 à 2 pour 200)

Nous voici donc au cœur du "grand remplacement" ! Des hordes de mères maghrébines et africaines qui viennent en France pour pondre des gamins par paquets de huit, et qui ont pour plan secret de substituer à la population de français "de souche" leurs enfants basanés auront réussi, en 12 ans, à gagner 2,3% de représentativité dans la population de ce pays.

Tremble, Gengis Kahn…

Dégonflons ensemble la baudruche Hoch

Comme vous le savez certainement, je ne follow personne sur mon compte Twitter. Mais je garde grâce à un système de listes un œil discret sur ce qui s’y passe d’important.

L’une de ces listes, "Les Crétins", me permet par exemple de suivre tout ce que ce réseau compte de petits fachos en manque de visibilité, de sarkozystes maladifs et autres politiciens de ce que qu’on appelle désormais, dans un euphémisme révélateur, la droite décomplexée.

Force était de constater, à la rentrée dernière, que cette liste tournait en rond. Pis, elle s’effondrait sur elle-même du fait d’une forme de consanguinité idéologique et semblait éprouver les plus grandes difficultés à renouveler son stock d’insultes xénophobes ou homophobes. Je l’avoue, seuls les numéros rodés du duo Boutin-Morano réussissaient encore à égayer mes longues soirées de cet hiver qui, et je ne le savais pas encore, allait durer huit mois.

Or, quelle ne fut pas ma surprise de voir apparaître il y a quelques semaines de cela, à la défaveur du mouvement de la #manifpourous, un nouvel élément très prometteur en la personne d’un certain Vivien Hoch.

Capture d’écran 2013-05-18 à 19.37.36

Cette bio tout en humilité, la PP cravate-regard-mutin-filtre-bleu, le fond thème "veilleurs" me plurent instantanément, et me donnèrent envie d’en savoir un peu plus long sur le personnage. Ce que je fis.

Aujourd’hui, j’ai décidé de partager avec vous les conclusions de mon enquête.

Vivien Hoch, ou la boursouflure virtuelle

Ce qui frappe au premier abord lorsque l’on visite la page "À propos" du blog de Vivien Hoch, c’est la démultiplication de ses activités.

Mais en creusant un peu, je me suis rendu compte que cet "activisme" était virtuel : au-delà de sa présence sur les principaux réseaux sociaux, Vivien a mis un pied dans la porte de pratiquement tout ce que le web compte de sites collaboratifs (si possible de droite) en vogue :

  • Médiabox, site collaboratif d’information (plutôt neutre, en rade) : 2 articles,
  • Opposition Républicaine, qui se rêve le "pôle internet de l’opposition" (de droite, actif) : 1 article,
  • Newsring, site de débat de Frédéric Taddeï (neutre, actif) : 1 intervention introuvable,
  • Boulevard Voltaire, site conspirationniste (droite, pro-actif) : 3 billets,
  • Nouvelles de France, site d’information (droite droite libérale, actif) : 2 tribunes libres,
  • Contrepoints, site d’information (libéral, actif) : 2 billets,
  • Le jour du Seigneur, blog catholique (neutre, actif) : 2 billets,
  • Causeur, site d’information (droite faux nez, actif) : 3 articles,
  • Atlantico, site d’information (droite libérale, actif) : 1 contribution,

Pour être exhaustif, notons par ailleurs que Vivien semble être un invité régulier du "Libre Journal" sur Radio Courtoisie (qu’on ne présente plus), et qu’il a été interviewé par une pintade énamourée sur ce blog du Nouvel Obs’.

Faisons le total : en environ un an, la panspermie intellectuelle de Vivien Hoch a généreusement recouvert la galaxie de l’information libérale réactionnaire de ses… 17 contributions. Soit environ le dixième de ce que ta petite sœur met en ligne sur son blog chaque mois.

Ne sous-estimons pas Vivien : son comportement, usuel chez les prétendus intellectuels en manque de considération, est en fait la conséquence d’une stratégie mûrement irréfléchie qui consiste à exposer sa fiolasse pour rabattre ses lecteurs vers son site.

Car le Monsieur est, excusez du peu, "créateur et rédacteur en chef de Itinerarium", un "pure player d’actualité catholique".

Un pure small player devrait-on plutôt dire, puisque si l’on se dirige vers l’«ours» du site, on prend rapidement conscience de l’activité frénétique de sa rédaction, à même de faire pâlir de jalousie le Washington Post. Jugez plutôt :

Comment appelle-t-on un site "d’information" sur lequel 76,7% des articles sont écrits par la même personne et 88,7% écrits par deux auteurs seulement ? Oui : un blog.

Mais Vivien ne s’arrête pas là, non. Il est également "créateur et rédacteur en chef de l’Université Thomiste", une "revue universitaire de philosophie et de théologie en ligne". Que trouvons-nous dans cette université prestigieuse en HTML à la magnifique charte graphique couleur pistache de 1997 ? Il faut avouer que le comité de lecture n’a pas le temps de chômer :

  • Vivien Hoch : 2 recensions, 11 articles généraux, 8 articles sur Thomas d’Aquin et une bibliographie,
  • Maxime Roffay : 3 articles en phénoménologie, 1 article sur Jean Scot Érigène
  • et ? Et c’est tout. Ah d’accord.

Ainsi donc notre ami est-il l’inventeur de ce qui est probablement la plus petite "Université" du monde (ou de peu, après l’Université du Peigne, à Oyonnax).

Mais tournons-nous désormais vers les activités réelles de Vivien.

[M.à.J. 23/7/13] Un lecteur me signale dans les commentaires cette page Wikipédia plutôt truculente dans laquelle vous pourrez voir notre Vivien embrouiller, avec force opiniâtreté, les rédacteurs de la fameuse encyclopédie en ligne.

Vivien Hoch, ou l’usurpation professionelle

Nous avons cette sale habitude, en France, de mettre les individus dans des boîtes. Cette manie a certes des inconvénients, mais elle présente aussi un avantage : elle permet de vérifier que les gens sont vraiment ce qu’ils prétendent être.

Vivien Hoch se définit lui-même comme "chercheur en philosophie, professeur, journaliste [...] rédacteur-en-chef". Qu’en est-il exactement ?

Journaliste

Pour ce qui est de ce métier, c’est assez simple, puisque nous appelons "journaliste", en France, quelqu’un qui détient une carte de presse. Cette carte apporte la preuve que son possesseur tire la plus grande partie de ses revenus de sa "plume", au sens large du terme.

Est-ce la cas de Vivien ? Permettez-moi d’en douter.

Car, à moins d’admettre que 17 articulets, 434 billets et une intervention régulière dans une radio de vieux permettent de vivre (auquel cas je change de métier demain), il est beaucoup plus probable que notre ami prenne ses souhaits inexaucés pour la réalité.

J’en veux pour preuve cette ligne sibylline dans son C.V., "Formé en édition et journalisme à l’I.C.P.", qui ne peut signifier que deux choses : soit qu’il a préparé — et raté — les concours d’écoles de journalisme, soit, et c’est l’hypothèse que je retiendrai, qu’il a suivi ce cursus de philosophie.

Dans les deux cas, j’invite le Monsieur à cesser de se prétendre journaliste.

[M.à.J. 20/5/13] Un lecteur me signale dans les commentaires que j’y suis allé un peu fort sur cette histoire. À vous de voir.

Rédacteur-en-chef

Ici c’est assez simple, puisque nous déduisons de ce qui précède que Vivien qualifie ainsi le fait d’animer un blog collaboratif dans lequel il est pratiquement le seul à écrire. Il est donc rédacteur-en-chef de lui-même, et ça, c’est déjà pas mal.

Professeur

Magnifique métier que voilà, qui se trouve voir été celui de votre serviteur pendant des années.

En France, un "professeur" peut avoir plusieurs profils : soit il a passé les concours, soit il est remplaçant (contractuel ou vacataire), soit il est Maître de Conférences dans le supérieur après avoir soutenu sa thèse de Doctorat.

Qu’en est-il de notre ami ?

À en croire sa page, il n’est rien de tout cela : il n’a pas passé les concours (il n’en a ni le niveau, ni les moyens intellectuels), il ne semble pas être remplaçant et il avoue ne pas encore avoir soutenu sa thèse, ce qui ferait de lui, au mieux, un chargé de TD.

Là encore, Vivien vient à notre rescousse grâce à cette ligne : "Professeur de Philosophie au CETAD". Selon son site, il s’agit  "d’enseignement de théologie à distance". Mais comme le nom de Vivien Hoch n’apparaît pas dans la liste de l’équipe d’animation, j’en déduis qu’il est… intervenant ? Correcteur de copie ? Pion ?

Dans tous les cas, j’invite le Monsieur à cesser de se prétendre professeur.

Chercheur

Voilà une qualification dont le sens est difficile à déterminer exactement, ce qui joue en faveur de notre ami.

Dans le milieu scientifique, dont je suis issu, un chercheur est avant tout un professeur d’université, travaillant dans un laboratoire ou unité de recherche, et partageant avec la communauté de ses pairs, au travers de publications dans les revues spécialisées et de conférences, le fruit de ses recherches.

Nous savons déjà que Vivien Hoch n’est pas un chercheur à ce sens, puisqu’il n’est pas professeur, encore moins professeur d’université. Sur son blog, il affirme pourtant être "chercheur associé au CERU". Quelle est donc cette entité de renommée internationale qui autorise un doctorant à s’octroyer le qualificatif de chercheur ?

Au vu de sa page de présentation, il s’agit d’un think-tank libéral et conservateur formé en 2008 et prodiguant depuis 2011, avec le succès que l’on sait, ses conseils à l’UMP. Les travaux de "recherche" de Vivien Hoch se résument donc à UNE étude intitulée «Vincent Peillon, prophète d’une "religion laïque"» publiée en 2012 au sein de cette entité.

Nous sommes, vous l’admettrez, à des années-lumières du CNRS.

Mais nous serons magnanimes avec Vivien. Et nous l’autoriserons à qualifier de "recherche" le travail qu’il effectue dans le cadre de la thèse de Doctorat de Philosophie qu’il rédige en ce moment à l’ICP.

En résumé : Vivien Hoch n’est, jusqu’à preuve du contraire, ni journaliste, ni rédacteur-en-chef, ni professeur, ni chercheur. Il a écrit quelques articles sur des blogs, tient le sien avec des amis, a un site d’initiation à la philosophie, donne éventuellement quelques cours de théologie à distance, et rédige sa thèse de doctorat.

Et encore…

Vivien Hoch, ou l’imposture intellectuelle

Une chose qui ne manque pas d’intriguer lorsque l’on se penche sur le cas de ce personnage, c’est le décalage entre les aspirations qu’il affiche et ses capacités objectives.

Car si vous interrogez autour de vous des personnes qui font des études de philosophie à Paris, elles vous répondront que la voie royale consiste à les faire soit à Paris I, soit à Paris X (Nanterre) soit à Paris IV lorsque l’on se considère politiquement conservateur.

Qu’est-ce qui alors peut pousser quelqu’un de l’envergure de Vivien Hoch à aller s’inscrire dans une école privée pour faire un Master et un Doctorat qui ne seront a priori pas reconnus par l’État,[Màj.: on me signale dans les commentaires que mon lien n'est pas pertinent, et que ce Master est reconnu par l'État. Dont acte. Je fais amende honorable. Voici le lien correct.] si ce n’est à travers un partenariat avec la prestigieuse Université de Poitiers ? J’ai bien une réponse, mais elle est désobligeante.

Nous avons vu plus haut que Vivien était "formé à l’édition et au journalisme à l’ICP": oui, son Master de Philosophie comportait une option journalisme. Soit.

Nous apprenons également qu’il est "Diplomé au CER", le Centre d’Études Religieuses. Qui semble ne pas délivrer de diplôme. Bon.

En outre, il est "formé (à quoi?) à l’Institut de Formation Politique (IFP)", un obscur think-tank libéral qui veut "former des jeunes pour redresser la France". Ah, c’est donc ça.

Enfin, il affirme être "Membre de l’Académie d’études civiles et sociales", introuvable sur internet, qui lui permet de rajouter à peu de frais une ligne ronflante sur son C.V.

En somme, les diplômes de Vivien Hoch se résument aujourd’hui à un Master de Philosophie, option journalisme, obtenu dans un institut privé catholique. Et c’est tout.

[M.à.J. 2/8/13] Un lecteur me signale dans les commentaires un exemple significatif de l’imposture hochienne: un article original du Professeur Laurent Gagnebin daté du 13/12/2007, l’article intégralement pompé par Vivien Hoch le 17/12/2012 sur son site Itinerarium, relancé sur son blog le 13/5/2013. Toute honte bue.

Un catholique modèle, futur cadre UMP ?

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Nous ne pouvons achever ce portrait sans évoquer brièvement les deux dernières facettes du personnage Vivien Hoch.

À la lecture de son blog, nous apprenons qu’il est "Grand clerc de la cathédrale Notre-Dame de Paris". N’étant guère au fait des choses de la foi catholique, je ne sais pas trop ce que recouvre l’adjectif "grand", mais le site de la Cathédrale de Paris nous enseigne que les clercs "aident au service des célébrations", ce qui est certainement la plus altruiste des occupations du Monsieur.

Par ailleurs, il se déclare "Secrétaire de rédaction de l’Observatoire de la christianophobie", encore une désignation pompeuse pour expliquer qu’il tente de corriger les coquilles d’un blog dirigé par Daniel Hamiche, un ancien maoïste devenu "royaliste légitimiste et catholique traditionaliste" qui, échange de bons procédés, invite Vivien dans les studios de Radio Courtoisie.

Capture d’écran 2013-05-19 à 22.13.56

Sur le plan politique, Vivien Hoch est — il ne s’en cache pas — de droite.

Il est, dans ses termes, "Responsable de la communication, Jeunes Actifs 2ème circonscription UMP de Paris" et "Membre de l’équipe de campagne de Mahmoud Tall, candidat à la présidence des Jeunes populaires". Enfin, il semble militer pour la candidature de Jean-François Legaret aux Municipales de Paris en 2014, comme le montre la photo ci-contre.

Au confluent de ces deux dernières implications, on retrouve Vivien à l’avant-garde de la lutte contre le "Mariage pour tous". De toutes les manifestations, de toutes les veillées, de tous les sittings, Vivien nous abreuve, minutes après minutes, de photos lointaines et floues de supposés cars de CRS, de plans serrés sur des millions de manifestants, le tout ponctué de considérations générales sur la décadence de notre civilisation.

(Si vous ne le suivez pas, voici un florilège de ses tweets des 48 dernières heures).

Terminons si vous le voulez bien sur une petite note d’humour.

Vous l’aurez compris, ce personnage incarne pratiquement tout ce qui me révulse : présomption, fatuité, imposture et obscénité.

Depuis hier, et grâce à ce magnifique .gif , j’ajoute à cette liste la couardise, et la tartufferie.

Auto-entrepreneurs: il va falloir voir à se calmer

S’il y a une chose qui me caractérise, c’est que je m’ennuie vite.

C’est pourquoi j’ai toujours fait pleins de choses, si possible en même temps. J’ai été salarié, fonctionnaire, intermittent, indépendant, cadre, bénévole, chômeur; j’ai monté deux associations, une compagnie, je touche des droits de compositeur et d’auteur, je viens de monter une école de soutien scolaire et je dois créer avant le printemps prochain une petite maison d’édition. Bref: je suis plutôt au fait de toutes les formalités administratives inhérentes à la création et au fonctionnement des petites structures, je sais tenir une petite comptabilité et faire des fiches de paie. Et surtout, surtout, je sais ce que ça coûte de vouloir payer correctement les gens.

Début 2010, je me suis rendu compte qu’il y avait un potentiel pour une idée que j’avais depuis quelques années. Et lorsque s’est posée la question de savoir dans quel cadre fiscal et juridique il était intéressant de créer cette activité, je me suis aperçu que le récent statut d’auto-entrepreneur était idéal. Pour rappel, les points importants:

  • démarches administratives de création et d’enregistrement extrêmement simples: tout se fait de chez soi, derrière son ordinateur, et gratuitement.
  • contraintes comptables réduites au minimum: le journal, tenu sur un cahier ou sur un tableur, n’a pas besoin d’être certifié par un cabinet.
  • cotisations sociales à 21,3% (dans les services) prélevées trimestriellement sur le C.A. s’il y en a un.
  • franchise de T.V.A. (ce qui n’est d’ailleurs pas toujours un avantage)
  • possibilité, en fonction de ses revenus à n-2, d’une imposition forfaitaire de 2,2% du C.A.
  • abattement de 34% du C.A. avant incorporation dans les revenus pour le calcul du taux marginal d’imposition.
  • séparation de l’activité et d’un éventuel patrimoine personnel.

Le passage à la pratique s’est fait pour ce qui me concerne idéalement, j’ai touché le plafond de C.A. en 2011.

Je le dis donc aujourd’hui: le statut d’auto-entrepreneur m’a été utile. Le véritable soucis, c’est que la sauce dogmatique libérale qui a accompagné sa création l’a paré de vertus qu’il n’a pas.

NON, le statut d’auto-entrepreneur n’est pas:

  • un moyen de gagner correctement sa vie (et puis quoi encore): les plafonds de C.A. ne permettent AU MAXIMUM, j’en suis l’exemple, que de dégager l’équivalent d’un SMIC. Et oui, vous cotisez à la retraite, mais vous ne cotisez pas au chômage, ce qui fait que si votre activité s’arrête, vous êtes à la rue.
  • un moyen de "mettre un pied à l’étrier de la création d’entreprise" (tu rêves): c’est, au mieux, une étude de marché en situation réelle, histoire de voir si des clients répondent positivement à votre offre. Mais en dessous d’un certain seuil, une activité qui semble rentable sous le statut d’auto-entrepreneur peut se révéler déficitaire une fois incorporés tous les coûts réels inhérents aux autres régimes.

Finalement, si l’on y regarde de plus près, je ne vois véritablement qu’un seul intérêt à ce statut: assurer légalement et honnêtement de petits revenus – à l’idéal complémentaires –  à des gens qui ont une idée solvable à peu de frais de fonctionnement sur un petit marché non-concurrentiel: l’étudiant ingénieur qui donne des cours de maths et qui ne veut pas le faire au black, le retraité qui se prend au jeu de l’achat-revente de timbres de collection, le développeur en poste dans une grosse boite à qui ses potes demandent de créer des sites de plus en plus pro, etc. Bref, des gagne-petits.

Certes, des employeurs peu scrupuleux – ils le sont parfois, si si – ont vu dans ce statut une faille qui leur permettait de payer moins de ce qu’ils s’évertuent à continuer d’appeler des "charges": un peu comme avec les théâtres ou les chaines de télévisions qui préfèrent employer des intermittents – qui d’ailleurs ne s’en plaignent pas – pendant 10 ans plutôt que de les internaliser, ils ont débauché certains de leurs employés en leur proposant de créer leurs auto-entreprises et d’être leur client. C’est de bonne guerre: le statut était nouveau, l’administration n’a pas vu venir, dont acte. Je ne souhaite à ces crevards qu’une chose: que les organismes sociaux se soient régalés à les aligner, avec amende conséquente et inscription sur la liste noire des entreprises à contrôler tous les trois ans.

Le bruit courait depuis la campagne présidentielle que notre Président n’était pas favorable à ce statut, et que son élection allait en sonner le glas. Et si ce n’est plus le cas au moment où j’écris ces lignes, la lumière n’est pas encore complètement faite sur ce que le gouvernement compte y apporter comme modification.

Mais ne voilà-t-il pas que vient de se créer un mouvement "spontané" – dit des #geonpi – qui vient nous expliquer que la prochaine loi de finance va, avec l’alignement des cotisations sociales des auto-entrepreneurs sur le taux des artisans, tuer le statut: tous ces bons libéraux vont mettre la clef sous la porte, passer au black (c’est malin de le dire, vous êtes référencés, bande de crétins), grossir les rangs des chômeurs, voire se petit-suicider.

Mettons-nous bien d’accord: Dieu sait que ce gouvernement de sociaux-traitres me révulse, mais si votre modèle économique n’est pas capable d’encaisser une augmentation de 2 pts de vos cotisations sociales, vous êtes clairement des rigolos! Vu que d’après l’INSEE, votre revenu moyen annualisé est de moins de 5000€, ça vous fait à peu près 8€ de moins par mois.

Vous croyez que vous allez vous en sortir?

P.-S.: dans le même ordre d’idée, je vous invite à lire ce billet et, pour mieux comprendre, cet article.