Comme vous le savez certainement, je ne follow personne sur mon compte Twitter. Mais je garde grâce à un système de listes un œil discret sur ce qui s’y passe d’important.
L’une de ces listes, "Les Crétins", me permet par exemple de suivre tout ce que ce réseau compte de petits fachos en manque de visibilité, de sarkozystes maladifs et autres politiciens de ce que qu’on appelle désormais, dans un euphémisme révélateur, la droite décomplexée.
Force était de constater, à la rentrée dernière, que cette liste tournait en rond. Pis, elle s’effondrait sur elle-même du fait d’une forme de consanguinité idéologique et semblait éprouver les plus grandes difficultés à renouveler son stock d’insultes xénophobes ou homophobes. Je l’avoue, seuls les numéros rodés du duo Boutin-Morano réussissaient encore à égayer mes longues soirées de cet hiver qui, et je ne le savais pas encore, allait durer huit mois.
Or, quelle ne fut pas ma surprise de voir apparaître il y a quelques semaines de cela, à la défaveur du mouvement de la #manifpourous, un nouvel élément très prometteur en la personne d’un certain Vivien Hoch.

Cette bio tout en humilité, la PP cravate-regard-mutin-filtre-bleu, le fond thème "veilleurs" me plurent instantanément, et me donnèrent envie d’en savoir un peu plus long sur le personnage. Ce que je fis.
Aujourd’hui, j’ai décidé de partager avec vous les conclusions de mon enquête.
Vivien Hoch, ou la boursouflure virtuelle
Ce qui frappe au premier abord lorsque l’on visite la page "À propos" du blog de Vivien Hoch, c’est la démultiplication de ses activités.
Mais en creusant un peu, je me suis rendu compte que cet "activisme" était virtuel : au-delà de sa présence sur les principaux réseaux sociaux, Vivien a mis un pied dans la porte de pratiquement tout ce que le web compte de sites collaboratifs (si possible de droite) en vogue :
- Médiabox, site collaboratif d’information (plutôt neutre, en rade) : 2 articles,
- Opposition Républicaine, qui se rêve le "pôle internet de l’opposition" (de droite, actif) : 1 article,
- Newsring, site de débat de Frédéric Taddeï (neutre, actif) : 1 intervention introuvable,
- Boulevard Voltaire, site conspirationniste (droite, pro-actif) : 3 billets,
- Nouvelles de France, site d’information (droite droite libérale, actif) : 2 tribunes libres,
- Contrepoints, site d’information (libéral, actif) : 2 billets,
- Le jour du Seigneur, blog catholique (neutre, actif) : 2 billets,
- Causeur, site d’information (droite faux nez, actif) : 3 articles,
- Atlantico, site d’information (droite libérale, actif) : 1 contribution,
Pour être exhaustif, notons par ailleurs que Vivien semble être un invité régulier du "Libre Journal" sur Radio Courtoisie (qu’on ne présente plus), et qu’il a été interviewé par une pintade énamourée sur ce blog du Nouvel Obs’.
Faisons le total : en environ un an, la panspermie intellectuelle de Vivien Hoch a généreusement recouvert la galaxie de l’information libérale réactionnaire de ses… 17 contributions. Soit environ le dixième de ce que ta petite sœur met en ligne sur son blog chaque mois.
Ne sous-estimons pas Vivien : son comportement, usuel chez les prétendus intellectuels en manque de considération, est en fait la conséquence d’une stratégie mûrement irréfléchie qui consiste à exposer sa fiolasse pour rabattre ses lecteurs vers son site.
Car le Monsieur est, excusez du peu, "créateur et rédacteur en chef de Itinerarium", un "pure player d’actualité catholique".
Un pure small player devrait-on plutôt dire, puisque si l’on se dirige vers l’«ours» du site, on prend rapidement conscience de l’activité frénétique de sa rédaction, à même de faire pâlir de jalousie le Washington Post. Jugez plutôt :
- Michel Clerc : 5 articles, dont le plus récent date de plus de 300 jours,
- Vincent Reypaneli : 4 articles, dont le plus récent date de plus de 300 jours,
- Jérémy Marie : 9 articles, dont le plus récent date de plus de 100 jours,
- Daniel Depaix : 11 articles, dont le plus récent date de plus de 300 jours,
- Maxime Roffay : 17 articles, dont le plus récent date de plus de 100 jours,
- Pierre Mayrant (co-rédacteur) : 18 articles,
- Jean Dùma : 68 articles, et enfin
- Vivien Hoch : 434 articles!
Comment appelle-t-on un site "d’information" sur lequel 76,7% des articles sont écrits par la même personne et 88,7% écrits par deux auteurs seulement ? Oui : un blog.
Mais Vivien ne s’arrête pas là, non. Il est également "créateur et rédacteur en chef de l’Université Thomiste", une "revue universitaire de philosophie et de théologie en ligne". Que trouvons-nous dans cette université prestigieuse en HTML à la magnifique charte graphique couleur pistache de 1997 ? Il faut avouer que le comité de lecture n’a pas le temps de chômer :
- Vivien Hoch : 2 recensions, 11 articles généraux, 8 articles sur Thomas d’Aquin et une bibliographie,
- Maxime Roffay : 3 articles en phénoménologie, 1 article sur Jean Scot Érigène
- et ? Et c’est tout. Ah d’accord.
Ainsi donc notre ami est-il l’inventeur de ce qui est probablement la plus petite "Université" du monde (ou de peu, après l’Université du Peigne, à Oyonnax).
Mais tournons-nous désormais vers les activités réelles de Vivien.
Vivien Hoch, ou l’usurpation professionelle
Nous avons cette sale habitude, en France, de mettre les individus dans des boîtes. Cette manie a certes des inconvénients, mais elle présente aussi un avantage : elle permet de vérifier que les gens sont vraiment ce qu’ils prétendent être.
Vivien Hoch se définit lui-même comme "chercheur en philosophie, professeur, journaliste [...] rédacteur-en-chef". Qu’en est-il exactement ?
Journaliste
Pour ce qui est de ce métier, c’est assez simple, puisque nous appelons "journaliste", en France, quelqu’un qui détient une carte de presse. Cette carte apporte la preuve que son possesseur tire la plus grande partie de ses revenus de sa "plume", au sens large du terme.
Est-ce la cas de Vivien ? Permettez-moi d’en douter.
Car, à moins d’admettre que 17 articulets, 434 billets et une intervention régulière dans une radio de vieux permettent de vivre (auquel cas je change de métier demain), il est beaucoup plus probable que notre ami prenne ses souhaits inexaucés pour la réalité.
J’en veux pour preuve cette ligne sibylline dans son C.V., "Formé en édition et journalisme à l’I.C.P.", qui ne peut signifier que deux choses : soit qu’il a préparé — et raté — les concours d’écoles de journalisme, soit, et c’est l’hypothèse que je retiendrai, qu’il a suivi ce cursus de philosophie.
Dans les deux cas, j’invite le Monsieur à cesser de se prétendre journaliste.
Rédacteur-en-chef
Ici c’est assez simple, puisque nous déduisons de ce qui précède que Vivien qualifie ainsi le fait d’animer un blog collaboratif dans lequel il est pratiquement le seul à écrire. Il est donc rédacteur-en-chef de lui-même, et ça, c’est déjà pas mal.
Professeur
Magnifique métier que voilà, qui se trouve voir été celui de votre serviteur pendant des années.
En France, un "professeur" peut avoir plusieurs profils : soit il a passé les concours, soit il est remplaçant (contractuel ou vacataire), soit il est Maître de Conférences dans le supérieur après avoir soutenu sa thèse de Doctorat.
Qu’en est-il de notre ami ?
À en croire sa page, il n’est rien de tout cela : il n’a pas passé les concours (il n’en a ni le niveau, ni les moyens intellectuels), il ne semble pas être remplaçant et il avoue ne pas encore avoir soutenu sa thèse, ce qui ferait de lui, au mieux, un chargé de TD.
Là encore, Vivien vient à notre rescousse grâce à cette ligne : "Professeur de Philosophie au CETAD". Selon son site, il s’agit "d’enseignement de théologie à distance". Mais comme le nom de Vivien Hoch n’apparaît pas dans la liste de l’équipe d’animation, j’en déduis qu’il est… intervenant ? Correcteur de copie ? Pion ?
Dans tous les cas, j’invite le Monsieur à cesser de se prétendre professeur.
Chercheur
Voilà une qualification dont le sens est difficile à déterminer exactement, ce qui joue en faveur de notre ami.
Dans le milieu scientifique, dont je suis issu, un chercheur est avant tout un professeur d’université, travaillant dans un laboratoire ou unité de recherche, et partageant avec la communauté de ses pairs, au travers de publications dans les revues spécialisées et de conférences, le fruit de ses recherches.
Nous savons déjà que Vivien Hoch n’est pas un chercheur à ce sens, puisqu’il n’est pas professeur, encore moins professeur d’université. Sur son blog, il affirme pourtant être "chercheur associé au CERU". Quelle est donc cette entité de renommée internationale qui autorise un doctorant à s’octroyer le qualificatif de chercheur ?
Au vu de sa page de présentation, il s’agit d’un think-tank libéral et conservateur formé en 2008 et prodiguant depuis 2011, avec le succès que l’on sait, ses conseils à l’UMP. Les travaux de "recherche" de Vivien Hoch se résument donc à UNE étude intitulée «Vincent Peillon, prophète d’une "religion laïque"» publiée en 2012 au sein de cette entité.
Nous sommes, vous l’admettrez, à des années-lumières du CNRS.
Mais nous serons magnanimes avec Vivien. Et nous l’autoriserons à qualifier de "recherche" le travail qu’il effectue dans le cadre de la thèse de Doctorat de Philosophie qu’il rédige en ce moment à l’ICP.
En résumé : Vivien Hoch n’est, jusqu’à preuve du contraire, ni journaliste, ni rédacteur-en-chef, ni professeur, ni chercheur. Il a écrit quelques articles sur des blogs, tient le sien avec des amis, a un site d’initiation à la philosophie, donne éventuellement quelques cours de théologie à distance, et rédige sa thèse de doctorat.
Et encore…
Vivien Hoch, ou l’imposture intellectuelle
Une chose qui ne manque pas d’intriguer lorsque l’on se penche sur le cas de ce personnage, c’est le décalage entre les aspirations qu’il affiche et ses capacités objectives.
Car si vous interrogez autour de vous des personnes qui font des études de philosophie à Paris, elles vous répondront que la voie royale consiste à les faire soit à Paris I, soit à Paris X (Nanterre) soit à Paris IV lorsque l’on se considère politiquement conservateur.
Qu’est-ce qui alors peut pousser quelqu’un de l’envergure de Vivien Hoch à aller s’inscrire dans une école privée pour faire un Master et un Doctorat qui ne seront a priori pas reconnus par l’État,[Màj.: on me signale dans les commentaires que mon lien n'est pas pertinent, et que ce Master est reconnu par l'État. Dont acte. Je fais amende honorable. Voici le lien correct.] si ce n’est à travers un partenariat avec la prestigieuse Université de Poitiers ? J’ai bien une réponse, mais elle est désobligeante.
Nous avons vu plus haut que Vivien était "formé à l’édition et au journalisme à l’ICP": oui, son Master de Philosophie comportait une option journalisme. Soit.
Nous apprenons également qu’il est "Diplomé au CER", le Centre d’Études Religieuses. Qui semble ne pas délivrer de diplôme. Bon.
En outre, il est "formé (à quoi?) à l’Institut de Formation Politique (IFP)", un obscur think-tank libéral qui veut "former des jeunes pour redresser la France". Ah, c’est donc ça.
Enfin, il affirme être "Membre de l’Académie d’études civiles et sociales", introuvable sur internet, qui lui permet de rajouter à peu de frais une ligne ronflante sur son C.V.
En somme, les diplômes de Vivien Hoch se résument aujourd’hui à un Master de Philosophie, option journalisme, obtenu dans un institut privé catholique. Et c’est tout.
Un catholique modèle, futur cadre UMP ?

Nous ne pouvons achever ce portrait sans évoquer brièvement les deux dernières facettes du personnage Vivien Hoch.
À la lecture de son blog, nous apprenons qu’il est "Grand clerc de la cathédrale Notre-Dame de Paris". N’étant guère au fait des choses de la foi catholique, je ne sais pas trop ce que recouvre l’adjectif "grand", mais le site de la Cathédrale de Paris nous enseigne que les clercs "aident au service des célébrations", ce qui est certainement la plus altruiste des occupations du Monsieur.
Par ailleurs, il se déclare "Secrétaire de rédaction de l’Observatoire de la christianophobie", encore une désignation pompeuse pour expliquer qu’il tente de corriger les coquilles d’un blog dirigé par Daniel Hamiche, un ancien maoïste devenu "royaliste légitimiste et catholique traditionaliste" qui, échange de bons procédés, invite Vivien dans les studios de Radio Courtoisie.

Sur le plan politique, Vivien Hoch est — il ne s’en cache pas — de droite.
Il est, dans ses termes, "Responsable de la communication, Jeunes Actifs 2ème circonscription UMP de Paris" et "Membre de l’équipe de campagne de Mahmoud Tall, candidat à la présidence des Jeunes populaires". Enfin, il semble militer pour la candidature de Jean-François Legaret aux Municipales de Paris en 2014, comme le montre la photo ci-contre.
Au confluent de ces deux dernières implications, on retrouve Vivien à l’avant-garde de la lutte contre le "Mariage pour tous". De toutes les manifestations, de toutes les veillées, de tous les sittings, Vivien nous abreuve, minutes après minutes, de photos lointaines et floues de supposés cars de CRS, de plans serrés sur des millions de manifestants, le tout ponctué de considérations générales sur la décadence de notre civilisation.
(Si vous ne le suivez pas, voici un florilège de ses tweets des 48 dernières heures).
Terminons si vous le voulez bien sur une petite note d’humour.
Vous l’aurez compris, ce personnage incarne pratiquement tout ce qui me révulse : présomption, fatuité, imposture et obscénité.
Depuis hier, et grâce à ce magnifique .gif , j’ajoute à cette liste la couardise, et la tartufferie.