Naaan, juste j’déconne…

Naaan, juste j’déconne…

Voici une petite traduction rapide d’un fil de tweets écrits ce matin par Jason P. Steed ( @5thCircAppeals sur Twitter) à propos de ce que vient de dire Donald Trump.

Edit du 10.08.16 à 15h42: sur une remarque très pertinente de @laflijan j’apprends que notre magnifique langue possède les termes endogroupe (groupe auquel on appartient) et exogroupe (groupe auquel on n’appartient pas) pour traduire très exactement les termes employés par l’auteur, beaucoup mieux que mes pauvres groupes « dedans » & « dehors ». Je prends acte et modifie ma traduction dans ce sens, tandis que je corrige quelques coquilles.

  1. J’ai écrit ma thèse de Doctorat sur la fonction sociale de l’humour (dans la littérature et le cinéma) et voici ce que je pense du « naan, j’déconne »
  2. Ce n’est jamais ce que vous faites vraiment. Personne ne fait jamais juste « que déconner ». L’humour est un acte social qui a — toujours — une fonction.
  3. Dire que l’humour est un acte social, c’est dire qu’il s’inscrit toujours dans un contexte social; nous ne faisons jamais de l’humour seuls. L’humour est l’un des moyens à notre disposition pour interagir et créer du lien avec autrui.
  4. Il en découle que l’humour est une façon de construire notre identité, ce que nous sommes, en relation avec les autres. Nous utilisons l’humour pour former des groupes…
  5. … et pour trouver notre place dans ou en dehors de ces groupes. Pour faire court, l’humour est l’un des outils par lesquels nous nous assimilons ou nous nous aliénons.
  6. En d’autres termes, nous utilisons l’humour pour amener des gens dans, ou les garder hors, de groupes sociaux. C’est ce que l’humour fait, ce à quoi il sert.
  7. Ainsi, la manière dont nous utilisons l’humour a parti lié avec l’éthique: qui nous admettons, qui nous rejetons, pourquoi et comment.
  8. Et cette fonction d’assimilation / rejet de l’humour s’applique aux personnes mais aussi aux idées. C’est important.
  9. C’est pourquoi, par exemple, les « blagues » racistes sont détestables. Pas seulement parce qu’elle servent à aliéner certaines personnes, mais aussi parce que…
  10. … elles permettent d’assimiler l’idée de racisme (l’idée d’aliéner des personnes à cause de leur appartenance ethnique). Ainsi en arrivons nous à Trump.
  11. Une « blague » raciste envoie à l’endogroupe le message que le racisme est acceptable (si vous ne le trouvez pas acceptable, vous êtes dans l’exogroupe)
  12. Le raciste qui raconte la « blague » peut terminer par « naan, j’déconne », mais il s’agit d’une défense contre l’exogroupe. Il n’a pas besoin de le dire aux gens de l’endogroupe.
  13. C’est la raison pour laquelle nous ne faisons jamais juste que « déconner ». Pour l’endogroupe, il n’y a pas besoin de défendre la « blague »; l’idée qu’elle véhicule est acceptée / acceptable.
  14. Donc, lorsque Trump « blague » sur la possibilité d’un assassinat [de Clinton, N.d.T] ou d’une insurrection armée, il invite l’endogroupe à assimiler / accepter cette idée. C’est le propos de cette « blague ».
  15. Et lorsqu’il dit « naan, j’déconne », c’est une défense qu’il dirige contre l’exogroupe, dont il n’a jamais été question qu’il accepte cette idée.
  16. À vrai dire, pour en revenir au début, la « blague » elle-même est un moyen de définir l’endogroupe & l’exogroupe, à travers le double jeu assimilation / aliénation.
  17. Si vous êtes prêts à accepter le « naan, j’déconne » comme une défense, vous signifiez votre volonté d’entrer dans l’endogroupe, groupe dans lequel l’idée que véhicule cette « blague » est acceptable.
  18. En d’autres termes, si le « naan, j’déconne » cherche à excuser une « blague » raciste, c’est que l’endogroupe a accepté l’idée du racisme.
  19. Il en va de même pour les « blagues » à propos d’une révolte armée ou de l’assassinat d’Hillary Clinton: on ne peut pas s’en sortir avec un « naan, j’déconne ».
  20. Attention cependant: l’humour (comme tout ce qui forme le langage) est une chose compliquée, toujours sujette à interprétation. Par exemple, il existe…
  21. des formes d’humour raciste qui cherchent à aliéner (plutôt qu’à assimiler) l’idée de racisme (pensez à la satire ou à la parodie).
  22. Mais il me semble clair que Trump n’était pas en train de s’essayer à cette forme complexe d’humour. Il ne faisait juste que « déconner », dans le pire sens du terme.
  23. Conclusion: n’acceptez pas le « naan, j’déconne » comme une excuse pour ce que Trump a dit aujourd’hui. L’endogroupe pour cette blague se doit d’être ridiculement petit. Comme les mains de Trump.
Qu’est-ce que vous voulez que je mette en vitrine?

Il y a quelques jours de cela, j’ai regardé le remake de « Roots » (pas mal du tout en passant, surtout pour la prestation de l’excellent Forest Whitaker) et dans le premier épisode, on assiste à une cérémonie collective de circoncision comme faisant partie intégrante du vaste rite initiatique de passage à l’age adulte dans une tribu Mandinka de la Gambie de 1750, à vaste majorité musulmane.

Puis hier soir, j’ai vu passer ce tweet d’une collègue, qui m’a fait rigoulé parce que je vois bien l’image:

Enfin ce matin en rangeant les photos de mes enfants, je suis tombé sur une série de photos dont voici la moins « graphique »:

Istanbul 1982

Nous sommes en juillet 1982 dans le jardin terrasse du « Lalezar » à Istanbul, un célèbre club de nuit tenu par l’un de mes oncles paternels, le monsieur à gauche du clown. Le garçon de 12 ans, là, c’est moi.

Pourquoi est-ce que je me tiens debout, pantalon ouvert, devant un monsieur à genoux avec une blouse? Parce que je viens de me faire circoncire.

J’ai les bras en l’air parce qu’il y a deux musiciens, hors cadre, qui accompagnent le clown et que je suis censé esquisser un pas de danse pour montrer à quel point je suis content (et encore mes parents m’ont-ils épargné le costume traditionnel ridicule).

Sauf que je suis tout sauf content.

D’abord parce que malgré la petite piqûre anesthésique, une circoncision à 12 ans, ça fait bien bien mal, et ce n’est pas étonnant qu’on le fasse plus tôt, vers 6/7 ans en Turquie et carrément dans les premières semaines dans d’autres traditions.

Ensuite parce que cela faisait trois ans que nous n’étions pas revenus en Turquie pour les vacances (mes parents s’étaient bien gardés de me mettre en stress: ils ne m’avaient parlé de l’opération qu’une fois dans l’avion, les fourbes) et que je me réjouissais, de me promener en mangeant des simit  ou des mısır et en buvant des vişne suyu (jus de griottes glacés) à tous les coins de rues, de rendre dingue ma mère en me perdant dans les ruelles du pazarde traverser la ville dans la rutilante Chevrolet 1955 du meilleur ami de la famille (à gauche de mon oncle sur la photo), un conducteur de dolmuşd’aller ensuite passer un mois à nager et faire du bateau dans les eaux translucides de Kalkan, un bled entre Bodrum et Antalya où un cousin tenait une immense maison d’hôtes dont je me souviens qu’elle était assaillie par les membres de l’ambassade d’Angleterre et leurs familles (Ah! mes premiers émois avec la fille de l’un d’entre eux, une magnifique rouquine, mais un peu vieille pour moi parce qu’elle elle avait 14 ans).

Sauf que.

Sauf que, après une circoncision (à 12 ans, je vous rappelle), eh bien il faut attendre que ça cicatrise, donc tu n’as pas le droit de te baigner pendant 15 jours. Tu as d’ailleurs à peine la possibilité de marcher longtemps, parce que le pansement frotte à l’intérieur du slip. Donc tu restes comme un con, dans ta chambre d’hôtel climatisée, à regarder la télévision turque des années 80. Oh bien sûr, tu frissonnes tous les matins quand la jolie infirmière vient vérifier ton pansement et te tripoter la nouille pour verser dessus la poudre cicatrisante, puis retirer le fil de la suture au bout de quelques jours. Mais cela ne suffit pas à te faire oublier la douleur, encore aujourd’hui inscrite au plus profond de ma mémoire.

Dans trois jours, c’est le sixième anniversaire de mon nain, et je ne peux m’empêcher de penser à ce moment que vivent tous les enfants de mon pays à son âge, depuis toujours.

Mais ce ne sera pas le cas pour le mien: à moins bien sûr qu’il ait un souci médical et qu’un médecin nous dise que l’opération est impérative, je me refuse à imposer à mon fils une telle atteinte à son intégrité physique; je refuse de lui faire porter le flambeau de cet acte limite barbare s’il ne se justifie que par la tradition culturelle ou pire, la religion. Par contre, comme il a bien vu cette différence anatomique qui nous distingue, je lui ai expliqué tout ce que vous venez de lire et surtout, je lui ai fait comprendre que s’il estime, adulte et en toute conscience individuelle, qu’il veut subir cette opération pour des raisons qui lui appartiendront, alors ce sera son choix propre et il en assumera les conséquences.

Pour terminer, une petite histoire drôle du pays, que mon père adorait raconter.

Un type passe devant une vitrine dans laquelle se trouvent de magnifiques montres. Il en voit une parfaitement à son goût et entre dans la boutique pour l’acheter.

— Bonjour, je viens de remarquer une montre tout à fait à mon goût dans votre vitrine, j’aimerais la voir de plus près s’il vous plaît.

— Ah, mais je ne vends pas de montres mon bon monsieur. Je suis sunnetci (« circonciseur »).

— Quoi?! Mais alors pourquoi toutes ces montres dehors?

— Mais qu’est ce que vous voulez que je mette en vitrine?

 

Looking For Tahira Hosseini

Looking For Tahira Hosseini

[6.28.16 Edit: if you’re a nazi scumbag or a right-wing conservative pro-gun anti-feminist catholic fundamentalist that landed here following a nudge-nudge link from a friend of yours, I have bad news: (s)he’s — and it’s not an insult, just a diagnosis — a moron and, let’s be honest, you’re probably one too. So to be clear: everything that follows is IRONY, as my pseudo, which in french means « the real jerk », could have lead you to understand should you be smart enough to know some french.]

Today, as I was doing my daily check on Twitter, I encountered this very intriguing tweet:

As I wondered who could be so dumb to make such claims, I decided to investigate, and went looking for Tahira Hosseini.

I realized putting the name into a Google Search seems only to convey a bunch of articles like this one , essentially from little right-wing conservative sites, all written around May the 26th, 2016.

I then wondered why this lady, supposedly running the « American-Arab Association of New-York » would not appear in any other context. So I decided to check the AAANY board, only to realize that she was not in it.

I said to myself: « Well, if I was the leader of such an association, I would probably resign or be fired after such claims », so I check the AAANY Twitter account to find this:

Then I realized these arabs are so duplicitous they would probably never admit having such black sheep amongst them: I would have to find another way to unearth the truth.

So I ran a reverse search on the picture and find this article in the Daily Mail, and this picture in the middle of it:

Capture d’écran.jpg

Ahaha, I knew it: she was so embarrassed after her claim that she decided to move to live in the UK, change her name into Kalema « Ruhi » Rahman, and make silly bomb threats in commuters trains, you know, just for fun. But then I noticed the article was written December the 16th 2015, and I went all confused: could it be the other way around? Is it possible that this trial in the UK made her flee to the land of freedom, change her name and become the leader of the AAANY?

At that point I was really embarrassed. Could it be that it was all a fake ? That the first tweet was just a forged screen capture?  That the reason why there was no trace of a so called Tahira Hosseini whatsoever  was just that she did not exist? That the reason why no other major network ever reported the news was due to the fact that it just never happened? After all, reality is well-known to have a liberal bias!

No, I couldn’t believe a women of integrity like « Christina Laila » would allow this kind of things to happen and to spread.

Or would she?

 

 

 

De KFC au KKK

De KFC au KKK

Hier soir, tranquillement assis avec un verre de rhum pour lire les indignations  quotidiennes sur Twitter, j’ai été happé par des RT de ce tweet d’un supposé influent supposé rigolo.

Il y a 30 ans de cela, je n’aurais compris ni le sens ni la portée d’un message comme celui-là. Entre temps, j’ai appris à lire et à parler l’anglais, je me suis intéressé à la musique, la littérature et au cinéma états-uniens. À mesure que mon niveau de langue augmentait et avec l’avènement des sites de P2P, j’ai regardé des séries et du stand-up, beaucoup de stand-upDe fil en aiguille, guidé par mon attrait pour la culture afro-américaine, j’ai hurlé de rire devant Eddie Murphy, Chris Rock (qui m’amènera à suivre Louis C.K.) puis Dave Chapelle.

C’est alors qu’au détour d’un spectacle de ce dernier, je suis tombé sur ce sketch :

Grande fut ma surprise. Car autant je m’étais intéressé au trope raciste de la pastèque à travers l’intrigue du titre d’un tube de Herbie Hancock, autant je n’avais jamais rencontré celui du poulet frit, dont je savais juste qu’il était un plat apprécié dans les états du Sud.

J’avais alors mené ma petite enquête, dont voici la conclusion.

Il semble que le point de départ de cette association raciste soit le film de D.W. Griffith sorti exactement 50 ans après la fin de la Guerre de Sécession, « Naissance d’une Nation » («The Birth Of A Nation», D.W.Griffith, 1915).

Cette œuvre historique fleuve suscita dès sa sortie une très vive vague d’indignation, essentiellement pour la manière dont elle dépeignait les noirs comme des êtres primitifs, stupides, tricheurs, alcooliques, agressifs envers les femmes blanches, tandis que dans le même temps, il encensait dramatiquement la naissance du Klu Klux Klan.

Très rapidement, des émeutes dans les grandes villes,  puis des attaques racistes sur les communautés noires menèrent à l’interdiction du film dans trois états et une douzaine de villes, mais sans plus, malgré les appels au boycott répétés émanant de la N.A.A.C.P.

Ce fut quoi qu’on en dise un succès commercial qui sera classé 44ème plus grand film de l’histoire des États-Unis en 1998.

Pour comprendre les raisons de tels soulèvements, voici quelques scènes tirées de ce film.

Tout d’abord, on y montre le Noir comme toujours prêt à faire une petite danse pour fêter le passage de ses maîtres dans les plantations…

Danses.gif

Quand il est heureux, non seulement le Noir danse, mais en plus, il mange de la pastèque comme un gros goret, mais ça nous le savions déjà…

Pastèques.gif

Par la suite, lorsqu’on est trop gentil avec lui et qu’on organise des élections en lui laissant le droit de vote, le Noir fraude (vous noterez le talent du comédien blanc grimé qui a le rôle)…

Fraudes.gif

Tant et si bien qu’il arrive à avoir la majorité (apparemment à la Chambre des Représentants de Caroline du Sud en 1870), et que du coup, c’est le bordel.

Car le Noir n’en a rien à battre d’être dans un lieu symbolique consacré du pouvoir, il continue à se comporter comme un primitif. Il mange des cacahouètes…

Cacahouètes.gif

ou bien il picole en screud…

Alcool.gif

ou alors, et vous l’attendiez tous, il mange ostensiblement du poulet frit (pendant que son pote pépouze au premier plan se déchausse)…

Poulet.gif

La grande classe, non ? Et encore, je vous épargne toute la seconde partie du film axée sur l’histoire d’une femme blanche qui se jette d’une falaise pour échapper à un Noir qui cherche, selon lui, à l’épouser, mais le spectateur blanc n’est pas dupe qui comprend qu’il souhaite en fait la violer.

Le poulet partageait avec la pastèque cette propriété qu’il se mangeait « salement » avec les doigts, qu’il était un met de choix pour les primitifs qui ne sont pas au fait des us et coutumes des gens civilisés. Il est dès lors devenu, comme le fruit, un trope raciste courant aux États-Unis. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’il a réussi à s’ancrer au point de survivre au recul des manières de la table et à l’arrivée de la junk food qui se mange avec les doigts : hot-dogs, hamburgers, pizzas.

Aujourd’hui, l’association « Noirs — Poulet frit » continue de renvoyer directement à cette époque et à son racisme pleinement assumé. À travers la mondialisation (des chaînes de restauration rapide et des images de la culture populaire états-unienne), elle a traversé l’Atlantique, perdant son explication historique pour ne plus conserver que sa connotation raciste, doublée d’un stigmatisation sociale.

Car le poulet pané n’est pas une recette familiale en Europe : elle s’y est implanté il y a une vingtaine d’année avec l’arrivée de KFC, principalement dans les quartiers pauvres des périphéries des grandes villes où sont surreprésentées les populations africaines immigrées et antillaises (dont elle recoupe parfois les habitudes alimentaires familiales).

C’est pourquoi, en France en 2016, faire ce rapprochement en présentant 5 footballeurs français ayant grandi dans les quartiers pauvres est non seulement faire acte de racisme, mais rappeler le fait que malgré leurs efforts pour s’extraire de cette pauvreté, ils en conserveront à jamais les habitudes.

 

 

 

 

La terre est plate comme une orange

La terre est plate comme une orange

En tant que scientifique et enseignant, je considère comme un échec personnel la multiplication récente de crétins qui, soit qu’ils sont aveuglés par leurs croyances, soit qu’ils cherchent à atteindre une notoriété « en creux », soit qu’ils sont simplement des attardés mentaux conspirationnistes, pensent pouvoir remettre en question des résultats scientifiques fermement établis.

Entendons-nous bien : la route de la vérité scientifique est pavée d’erreurs, d’errements, de corrections, d’hypothèses rejetées. Mais une chose est sure : le protocole scientifique a pour objectif d’éliminer les hypothèses insatisfaisantes jusqu’à stabiliser la théorie sous forme d’un modèle qui servira, éventuellement d’appui pour la théorie d’ordre supérieur. Tout élève de Terminale générale l’apprend en philosophie.

Or voici donc qu’à la faveur d’errements sur les Internets, je prends conscience de l’existence d’un courant qui, du modèle « sphéroïde aplati » de notre planète, semble vouloir ne conserver que le « aplati ».

Les états-uniens, qui font toujours tout en plus grand que nous, ont carrément une society pour soutenir cette hypothèse. Chez nous, lorsque l’on tape « terre plate » dans Google, le premier article est heureusement un debunk ( n’en lisez pas les commentaires, ils vont vous rendre dingue) et c’est au second que je vais m’intéresser ici.

Selon l’auteur de ce blog, un certain Elmahdi, une secte qu’il nomme « ADII » ou « AD2 » — dont on ne trouve trace nulle part sauf dans ses billets et dans les commentaires qu’il laisse à gauche à droite sur la toile — a réussi à faire croire au monde entier que la terre est sphérique alors qu’elle est, en fait, plate.

Si si.

Alors oui, les arguments avancés dénotent une profondeur d’analyse inférieure à celle de mon fils de 5 ans, mais ils sont tellement drôles que je ne peux m’empêcher de les partager avec vous. Donc rangez votre « Bescherelle, attachez votre premier degré, ça va secouer.

Argument 1: les monuments restent droits et ne penchent pas en arrière lorsqu’on s’éloigne, même à plusieurs centaines de kilomètres.

Capture d’écran
Notez bien sur cette image, la taille des petits bonshommes et de la Tour Eiffel.

Bien bien. Alors faisons une petite expérience de pensée.

Le monument le plus élevé existant au moment où j’écris ces lignes est la tour « Burj Khalifa » située à Dubaï et qui mesure 828m. Prenons la et plantons la au milieu du désert de Gobi, que nous aurons préalablement pris le soin de tasser avec un très grand rouleau compresseur. Puis éloignons de « plusieurs centaines de kilomètres », disons 414km, en faisant l’hypothèse que la terre est plate. Enfin, prenons un double-décimètre en main et tendons le bras (à 1m, puisque nous en mesurons 2, nous sommes très grand), par temps clair.  Nous obtenons le schéma suivant, à l’échelle TRÈS exagérée :

Plate 1

Et alors, grâce à un théorème enseigné en fin de collège, le Théorème de Thalès (certainement un membre de la secte AD2 lui-aussi), si nous faisons l’hypothèse que la tour et moi sommes plantés perpendiculairement au sol, nous obtenons sur le double-décimètre une taille relative — c’est à dire la taille que la tour semble avoir à cette distance — de :

828 x 1 / 414000 = 0,002m c’est à dire… 2 millimètres !

Donc oui, on ne voit pas pencher les monuments, parce que même si la terre était plate, on ne les verrait tout simplement plus. Et comme elle ne l’est pas, ils disparaitraient derrière l’horizon.

Argument 2: toutes les images prises depuis l’espace sont crées dans les studios de la NASA(!) et il n’y a pas d’étoiles dessus car il est trop difficile de les représenter.

Capture d’écran 1

Oui voilà. C’est à dire que nous sommes en 2016, il y a des étoiles parfaitement représentées dans le moindre space opéra hollywoodien de série B mais ces gros nazes de la NASA ne sont même pas capables de se mettre d’accord pour foutre quelques étoiles dans leurs photos truquées toutes pourries. Tu m’étonnes qu’il faut augmenter leur budget à ces incompétents notoires.

Argument 3: il n’y a pas et il n’y aura jamais de vol direct entre l’Afrique du Sud et l’Amérique du Sud

Capture d’écran

Alors là c’est bien simple : il y a un Johannesburg — Sao Paulo pour 726€ en ce moment, à peu près tous les 3 jours, vous pouvez le trouver sur n’importe quel moteur de recherche de vols. Donc tu peux fermer ta grosse bouche.

Argument 4: un bébé né en plein vol Bali — Los Angeles a provoqué un atterrissage à Anchorage, Alaska.

Capture d’écran

Le fait divers est avéré. Ce qui est intéressant ici, c’est de comprendre que notre auteur, n’ayant aucune notion de géométrie et donc de géographie, prend pour argent comptant la vidéo YT d’un autre tout aussi crétin que lui pour en conclure que c’est parce que la terre est plate.

Je pense que nous touchons ici au nœud du problème, alors tirons les choses au clair une bonne fois pour toutes.

Premier constat : il est impossible d’obtenir une représentation en plan de la surface d’une sphère qui ne sacrifie pas au moins un paramètre géométrique (angles, distances, surfaces, etc.) Pour en être persuadé, il suffit de tenter d’emballer une orange dans du papier aluminium sans faire un pli.

Dès lors, toute représentation en plan de la surface d’une sphère est une projection, donc un parti-pris, et la carte obtenue est fausse sur au moins l’un de ces paramètres. Faire une carte, c’est donc arbitrer entre ce que l’on a besoin de voir correctement et ce que l’on peut négliger (vous trouverez ici une très bonne synthèse).

Là où ça touche au sublime, c’est quand la poutre inculte qui fait la vidéo, cherchant à démontrer que la terre n’est pas sphérique, utilise une projection (cylindrique, probablement de Mercator) et dessine un trait droit dessus, au lieu d’utiliser une sphère.

Capture d’écran 1

Car voici ce qu’on obtiendrait dans ce cas (grâce à cette jolie animation Flash) :

Capture d’écran

Où l’on remarque qu’en plein milieu de l’océan, après environ 6h de vol, Anchorage semble être l’aéroport américain le plus rapide à atteindre, et où l’on constate, quelle surprise, qu’une droite tracée sur une sphère (plus court chemin) ne donne pas une droite sur sa projection cylindrique.

Winter is coming

Ce qui est assez truculent, c’est que l’alternative proposée par ces arriérés est également une projection (dite azimutale équidistante) qui possède le défaut majeur de nier…l’existence de l’antarctique. Un continent, carrément. Dont la masse est trois fois supérieure à toute autre surface terrestre. Dont la surface est presque celle de l’Amérique du Nord. Non, il n’existe pas. À la place s’érige un immense mur de glace infranchissable.

Infranchissable, sauf pour Bernard Voyer (certainement un membre très haut placé de la secte des AD2), et une quinzaine d’expéditions avant lui depuis 1911. Ah, et il y a là une station qui diffuse sa webcam (à moins que ce ne soit tourné dans les studios de la NASA).

Bref, vous l’aurez compris, ces crétins m’exaspèrent. Voici pourquoi.

Cette histoire de terre plate est relativement récente. C’est l’une des choses que l’on apprend en lisant l’excellent « Flat Earth » de Christine Garwood: depuis plus de vingt siècle, le modèle unanimement établi est celui d’une terre sphérique, depuis peu corrigé en l’aplatissant à ses pôles. Il faut attendre le milieu du XIXème siècle pour qu’un astronome anglais du nom de Samuel Rowbotham publie, sous le pseudonyme « Parallaxe », un livre intitulé « Zetetic Astronomy: Earth Not a Globe » et dont les arguments servent encore de socle à la Flat Earth Society dont je parlais plus haut. À en croire Garwood, il est fort probable que Rowbotham fut un rhéteur doué qui s’amusait des débats scientifiques et religieux de son époque et sentit très tôt l’interêt économique qu’il pouvait en tirer.

Mais deux siècles plus tard, lorsque des dizaines de vidéos YouTube qui instillent un doute inutile sur une théorie scientifique stable ont des dizaines de milliers de vues, lorsque des dizaines de sites conspirationnistes en font un sujet et lorsqu’une dinde de la télé-réalité ou un rappeur de seconde zone en manque de notoriété monnayable rabattent des milliers de jeunes sur ces vidéos ou ces billets, je dis non.

Parce que d’une vidéo à l’autre, d’un billet de blog à l’autre, ces jeunes en viendront à remettre en question d’autres théories scientifiques moins neutres, pour le plus grand plaisir des intégristes religieux et économiques de tous poils, créationnistes et climatosceptiques en tête.

Parce que ce faisant, ils seront divertis des véritables enjeux de lutte, économiques, politiques et écologiques, au plus grand bénéfice des ploutocrates de tous les pays qui n’attendent que cela.

Il s’agit donc de rendre coup pour coup afin de repousser ces cafards obscurantistes qui ralentissent notre évolution derrière leur muraille de glace.

Je continue le combat, j’espère que vous en faîtes autant.

 

 

 

 

 

Guerre des clans

Je fais partie des gens sur lesquels la pensée de Bourdieu a eu un effet libérateur: j’ai pris « Les règles de l’art » comme une grosse claque en pleine face au moment où je commençais à prétendre être légitime à émettre une proposition artistique, ce qui m’a amené à lire ses écrits principaux dans les autres domaines et à voir, en refermant chacun d’entre eux, s’effondrer des pans entiers de mes certitudes de jeune adulte ignorant et prétentieux.

Sur le plan humain, je lui suis donc redevable d’avoir participé — avec quelques autres, comme Musil ou Krauss — à faire de moi, si ce n’est une bonne, au moins une meilleure personne.

Sur le plan intellectuel, son travail a eu sur moi plus d’effet que mes dix années de formation scientifique, tant et si bien que je suis en mesure de voir à quel point certains de ses travaux sont désormais datés, ce qui n’ôte rien à la qualité de ces derniers mais prouve juste que la sociologie est une science aussi vivante que la matière qu’elle manipule et que chaque génération doit faire son propre travail.

Entendons-nous bien: je ne suis pas un spécialiste de Bourdieu, je n’ai pas lu tout Bourdieu, je ne suis pas sociologue et je n’ai sur cette discipline que la culture générale de l’honnête homme. Cependant, je pense en avoir assez lu pour me faire une idée générale des conclusions de Bourdieu sur ses principaux domaines d’études.

Aussi suis-je toujours prompt, lorsque je le vois cité, à m’assurer que la citation est conforme au souvenir que j’ai de l’esprit de son travail. Comme ce matin où je vois passer ce tweet:

J’ai le plus profond respect pour le titulaire de ce compte, Dany-Jack Mercier, enseignant et pédagogue émérite dont je conseille systématiquement la lecture à tous les jeunes qui souhaitent préparer les concours pour enseigner les mathématiques: son site, malgré une charte graphique de 1995, est une mine d’informations.

Mais cette citation attribuée à Bourdieu « sonne faux » à mes oreilles. Je décide donc de la tracer.

Première étape: une requête Google sur les mots importants, au cas où la citation serait tronquée ou reformulée. Premier constat: la requête ne fait remonter aucun texte de Bourdieu, mais plutôt une liste d’articles ou de billets de blog reprenant tous un extrait d’une conférence de Raymond Boudon à la fondation Saint-Simon le 12 février 1990.

Dans le huitième et dernier paragraphe de cet article, on voit apparaître:

Bref, il paraît avisé de faire l’inverse de ce que recommande le rapport Gros-Bourdieu : « l’importance excessive accordée à la trilogie « lire, écrire, compter » (…) mettant l’accent sur les performances (…), peut, à bon droit, être considérée comme l’un des facteurs de l’échec scolaire (…) ». « Il semble que l’examen n’est ni nécessaire ni suffisant . »

Ici, un petit point d’histoire s’impose.

Au début de son mandat, François Mitterrand demande au Collège de France de lui faire un rapport sur l’enseignement secondaire. C’est le « Rapport du Collège de France » ou « Propositions pour l’enseignement de l’avenir » remis par Pierre Bourdieu le 27 mars 1985. Il n’aura aucune suite, mais je vous invite cependant à lire ces quelques notes critiques le concernant.

En 1988, un ministre de l’Éducation Nationale tout juste quarantenaire du nom de Lionel Jospin crée un commission de réflexion sur les contenus de l’enseignement. Dirigée par Pierre Bourdieu et le biologiste François Gros, elle est composée de Pierre Baqué, Pierre Bergé, René Blanchet, Jacques Bouveresse, Jean-Claude Chevallier, Hubert Condamines, Didier DaCunha Castelle, Jacques Derrida, Philippe Joutard, Edmond Malinvaud, François Mathey. Elle remettra au Ministre, le 8 mars 1989, un rapport intitulé « Rapport Bourdieu-Gros » qui reprend de manière plus modeste certains des principe du rapport du Collège de France. Ce texte n’aura pratiquement aucune influence sur la loi d’orientation de 1989.

Maintenant un petit point de sociologie.

Il faut savoir que Raymond Boudon était un peu le « Salieri » de Bourdieu, ou son alter ego de droite à en croire… les gens de droite. On est loin du compte en termes de profondeur d’analyse, de publication ou même de notoriété nationale ou internationale, mais bon, faisons semblant de croire qu’il s’agit de deux intellectuels de même niveau. (malgré par exemple les 2 ordres de grandeurs entre des requêtes Google Scholar sur les noms  Bourdieu et Boudon). Et admettons tout de même que sur le sujet de l’éducation, les travaux de Boudon avaient le mérite d’être sérieux et d’avoir des conclusions intéressantes.

Résumons.

Une citation circule, attribuée à Bourdieu dans le rapport de 1985, que l’on retrouve essentiellement sur des sites d’extrême-droite, de droite traditionnelle, ou de gauche poujadiste. Comme vous pouvez le constater à la lecture du texte intégral fourni plus haut, ces mots n’y apparaissent pas.

Cette citation ressemble à s’y méprendre au début du dernier paragraphe d’un article tiré d’une conférence de Raymond Boudon, article dans lequel ce dernier prétend extraire, à grands renforts de (…), une recommandation du rapport de 1989. À nouveau, vous pouvez constater que les mots n’y sont pas. Ce point est inattaquable.

Enfin, toutes les recherches menées sur cette citation ramènent aux deux points précédents.

J’émets donc les hypothèses suivantes, dans l’ordre croissant de probabilités:

  • cette citation est extraite d’un écrit de Bourdieu non référencé et introuvable sur les interwebs,
  • cette citation est issue d’une conférence de Bourdieu à laquelle assistait Bourdon et dont il ne reste aucune transcription,
  • cette citation est extraite d’une allocution télévisuelle ou radiophonique de Bourdieu que je n’ai pas été capable de retrouver et que personne ne cite jamais,
  • Boudon, emporté par sa haine de Bourdieu, a placé ces mots dans sa bouche lors d’une conférence sans savoir qu’elle serait retranscrite,
  • je ne sais pas me servir d’un moteur de recherche.

Si vous vous sentez de mener l’enquête de votre côté, n’hésitez pas, je suis curieux de connaitre le fin mot de l’histoire et mes commentaires vous sont ouverts.

 

 

 

 

Un caillou dans la chaussure électronique

Peut-être ne le savez-vous pas, mais une circulaire du Ministère de l’Education Nationale parue le 17 mars 2015 modifie et précise les conditions d’utilisation des calculatrices aux examens à compter de la rentrée 2017.

La nouveauté réside dans le fait que la « mémoire alphanumérique » — celle qui permet de saisir des programmes mais aussi du texte brut, donc potentiellement des antisèches — est désormais interdite, à moins de posséder une machine spéciale disposant de la fonctionnalité « Mode examen » qui, lorsqu’elle est activée, vide cette mémoire et le signale par une petite diode clignotante sur la tranche.

Ce nano-évenement, le léger émoi et les soupçons d’entente qu’il suscite, sous prétexte que les machines homologuées des principaux fabricants seraient déjà prêtes me font, permettez-moi, doucement rigoler.

Il faut avoir été au contact, comme votre serviteur, des élèves de Terminale S et ES durant ces vingt dernières années pour comprendre comment le Ministère, les programmes, les éditeurs de manuels, la majeure partie des enseignants et des parents ont lentement mais sûrement abdiqué toute volonté de transmettre aux gamins de véritables capacités de calcul numérique.

Entendons-nous bien: je n’ai rien contre les machines. Je fais partie de cette génération qui les a vu arriver, parallèlement à la micro-informatique personnelle, et je peux affirmer sans rougir que mon sang de geek boutonneux bouillonnait, ce jour de septembre 1987 où je suis revenu de la Fnac Montparnasse avec ma toute dernière acquisition, toujours utilisée: une HP28C payée avec une partie des sous gagnés pendant mon premier job d’été.

Mais si vous ne le savez pas, voici la réalité en classe, dans un lycée parisien normal, en Terminale ES:

 

  • TOUS mes élèves sortent leurs TI-83 à la moindre addition, lors même que dès qu’un calcul un peu long la nécessite, un tiers environ des élèves obtiennent des résultats incorrects car ils ne savent pas le saisir,
  • Rien d’étonnant de la part d’élèves qui, dans leurs écrits, n’ont majoritairement aucune idée des règles de priorité dans les calculs, omettant les parenthèses nécessaires et en plaçant à des endroits inutiles, ne maîtrisant pas les règles basiques de calculs fractionnaires ou de puissances,
  • Moins d’un quart d’entre eux connaissent parfaitement leurs tables de multiplication, les autres hésitent, se trompent et finissent par prendre… leurs calculatrices!

En Terminale S, c’est à peine mieux:

  • Une grosse moitié connaît ses tables de manière satisfaisante, les autres étant obligés de réfléchir,
  • Ne parlons pas des carrés usuels, des puissances de 2, des valeurs trigonométriques usuelles et des valeurs numériques approchées des racines: il m’a fallu un premier trimestre d’interrogations individuelles orales systématiques pour qu’ils les apprennent,
  • S’ils saisissent en moyenne mieux leurs calculs, ils commettent encore des erreurs et sont incapables de s’en rendre compte, du fait de la confiance aveugle qu’ils portent à la machine.

Il est assez savoureux dans ce contexte, alors que l’algorithmie est censée prendre une part de plus en plus importante dans les programmes (de mathématiques  Pourquoi donc? Les profs de maths sont-ils naturellement les mieux placés pour l’enseigner?), alors que les principaux manuels donnent systématiquement des exemples de programmes sur les deux machines des deux principaux fabricants, de voir sortir une circulaire qui va immanquablement mener à un renouvellement de tout le parc. 

Faisons maintenant un point: de quoi ont vraiment besoin des élèves, entre Bac -1 et Bac+5?

 

  • Des 4 opérations, du carré et de la racine, de l’inverse et des puissances,
  • De l’exponentielle et du logarithme,
  • Pour les scientifiques, des fonctions trigonométriques,
  • De la possibilité de faire une table de valeurs sur une fonction,
  • Du calcul intégral numérique (et encore, pour vérification),
  • De la loi Binomiale et de la loi Normale (et encore, pour vérification),
  • Et disons, de 50 pas de programme, non alphanumériques, avec des boucles et des tests,
  • Et c’est marre!

Tout le reste, c’est du pipeau:

 

  • Dessiner des courbes? On s’en fout, du moment qu’ils savent faire correctement une étude de fonction et un tableau de variations. Et s’il faut le faire, on va en salle d’info utiliser Geogebra,
  • Du calcul symbolique? On s’en fout, ils doivent juste savoir dériver et intégrer des fonctions usuelles. Et s’il faut le faire, on va en salle d’infos utiliser XCas,
  • D’un solver, du calcul complexe, du calcul matriciel? Justement pas: tous les exercices sont montés de façon à être faisables à la main!

 

 

 

Une telle machine, si elle devait exister, coûterait entre 18 et 25 euros (c’est à dire entre le prix d’une Casio Fx 92 et celui d’une Casio 991) et serait amplement suffisante. À titre indicatif, le premier modèle de chez Texas Instruments proposant le mode examen, la TI-82 Advanced, sera vendue entre 60 et 65€.

Soyons fous: et si, à l’heure où on nous ballade avec des grands plans numérique-à-l’école-une-tablette-pour-tous-les-élève-mon-cul, un gouvernement se prétendant de gauche interdisait la calculatrice au collège pour lancer un appel d’offre annuel sur une telle machine et l’offrir à tout gamin entrant en seconde?