Il est assez courant de voir l’extrême droite européenne se référer à l’antiquité grecque: à travers l’iconographie, la symbolique, l’utilisation des noms de dieux et de personnages de la mythologie, elle est prompte à convoquer cette période — fantasmée — pour se réclamer de sa supposée sagesse et l’utiliser à des fins politiques (voir le passage « Du faux usage d’Athènes et de ses métèques » dans « Athènes vue par ses métèques » de Saber Mansouri chez Taillandier), ou pour se constituer une généalogie comme tentait déjà de le faire le régime Nazi. (Je vous renvoie à la lecture de l’excellent «Le national-socialisme et l’antiquité» de Johann Chapoutot chez P.U.F., dont voici une recension)

Dernier exemple en date, cette image qui tourne sur Twitter:

https://twitter.com/France_Blanche/status/547099418437357568

Nul besoin d’avoir fait du grec ancien ni même de connaître le style des textes rapportant la pensée d’Aristote pour voir que cette traduction pose problème: elle est rythmée par des éléments de langage propres à l’extrême droite, qui apparaissent comme autant d’anachronismes sémantiques. Rentrons plus avant dans les détails.

Pour ce faire, voici le texte d’origine (je me place sous le contrôle de mes amis hellénistes) tiré du site de référence Remacle.org:

Paragraphe 10 du Chapitre II du Livre VIII (ordinairement placé en V):

Στασιωτικὸν δὲ καὶ τὸ μὴ ὁμόφυλον, ἕως ἂν συμπνεύσῃ· ὥσπερ γὰρ οὐδ’ ἐκ τοῦ τυχόντος πλήθους πόλις γίγνεται, οὕτως οὐδ’ ἐν τῷ τυχόντι χρόνῳ· διὸ ὅσοι ἤδη συνοίκους ἐδέξαντο ἢ ἐποίκους, οἱ πλεῖστοι διεστασίασαν· οἷον Τροιζηνίοις Ἀχαιοὶ συνῴκησαν Σύβαριν, εἶτα πλείους οἱ Ἀχαιοὶ γενόμενοι ἐξέβαλον τοὺς Τροιζηνίους, ὅθεν τὸ ἄγος συνέβη τοῖς Συβαρίταις· καὶ ἐν Θουρίοις Συβαρῖται τοῖς συνοικήσασιν (πλεονεκτεῖν γὰρ ἀξιοῦντες ὡς σφετέρας τῆς χώρας ἐξέπεσον)· καὶ Βυζαντίοις οἱ ἔποικοι ἐπιβουλεύοντες φωραθέντες ἐξέπεσον διὰ μάχης·

Paragraphe 11

καὶ Ἀντισσαῖοι τοὺς Χίων φυγάδας εἰσδεξάμενοι διὰ μάχης ἐξέβαλον· Ζαγκλαῖοι δὲ Σαμίους ὑποδεξάμενοι ἐξέπεσον αὐτοί· καὶ Ἀπολλωνιᾶται οἱ ἐν τῷ Εὐξείνῳ πόντῳ ἐποίκους ἐπαγαγόμενοι ἐστασίασαν· καὶ Συρακούσιοι μετὰ τὰ τυραννικὰ τοὺς ξένους καὶ τοὺς μισθοφόρους πολίτας ποιησάμενοι ἐστασίασαν καὶ εἰς μάχην ἦλθον· καὶ Ἀμφιπολῖται δεξάμενοι Χαλκιδέων ἐποίκους ἐξέπεσον ὑπὸ τούτων οἱ πλεῖστοι αὐτῶν. Στασιάζουσι δ’ ἐν μὲν ταῖς ὀλιγαρχίαις οἱ πολλοὶ ὡς ἀδικούμενοι, ὅτι οὐ μετέχουσι τῶν ἴσων, καθάπερ εἴρηται πρότερον, ἴσοι ὄντες, ἐν δὲ ταῖς δημοκρατίαις οἱ γνώριμοι, ὅτι μετέχουσι τῶν ἴσων οὐκ ἴσοι ὄντες. 

Sur le même site, nous trouvons une traduction datant de 1874, par J. Barthélémy-Saint-Hilaire:

Paragraphe 10

La diversité d’origine peut aussi produire des révolutions jusqu’à ce que le mélange des races soit complet; car l’État ne peut pas plus se former du premier peuple venu, qu’il ne se forme dans une circonstance quelconque. Le plus souvent, ces changements politiques ont été causés par l’admission au droit de cité d’étrangers domiciliés dès longtemps, ou nouveaux arrivants. Les Achéens s’étaient réunis aux Trézéniens pour fonder Sybaris; mais étant bientôt devenus les plus nombreux, ils chassèrent les autres, crime que plus tard les Sybarites durent expier. Les Sybarites ne furent pas, du reste, mieux traités par leurs compagnons de colonie à Thurium; ils se firent chasser, parce qu’ils prétendaient s’emparer de la meilleure partie du territoire, comme si elle leur eût appartenu en propre. À Byzance, les colons nouvellement arrivés dressèrent un guet-apens aux citoyens; mais ils furent battus et forcés de se retirer.

Paragraphe 11

Les Antisséens, après avoir reçu les exilés de Chios, durent s’en délivrer par une bataille. Les Zancléens furent expulsés de leur propre ville par les Samiens, qu’ils y avaient accueillis. Apollonie du Pont-Euxin eut à subir une sédition pour avoir accordé à des colons étrangers le droit de cité. A Syracuse, la discorde civile alla jusqu’au combat, parce que, après le renversement de la tyrannie, on avait fait citoyens les étrangers et les soldats mercenaires. A Amphipolis, l’hospitalité donnée à des colons de Chalcis devint fatale à la majorité des citoyens, qui se virent chasser de leur territoire.
Dans les oligarchies, c’est la multitude qui s’insurge, parce qu’elle se prétend, comme je l’ai déjà dit, lésée par l’inégalité politique, et qu’elle se croit des droits à l’égalité. Dans les démocraties, ce sont les hautes classes qui se soulèvent, parce qu’elles n’ont que des droits égaux, malgré leur inégalité.

Nous voyons apparaître certains signes propres à une traduction du XIXème: par exemple, l’emploi libre du mot « race » ainsi que l’usage du mot « État » pour « cité » (en contemporaine, nous devrions dire « Cité-État »).

Voici maintenant la traduction faisant référence aujourd’hui: elle date de 1993,  elle est le fruit du travail de P.Pellegrin et est parue chez Flammarion. Ne possédant pas le livre moi-même, je vais faire confiance à cet extrait tiré du site d’extrême droite Novopress :

Est aussi [facteur de] sédition l’absence de communauté ethnique tant que les citoyens n’en sont pas arrivés à respirer d’un même souffle. Car de même qu’une cité ne se forme pas à partir d’une masse de gens pris au hasard, de même ne se forme-t-elle pas dans n’importe quel espace de temps. C’est pourquoi parmi ceux qui ont, jusqu’à présent, accepté des étrangers pour fonder une cité avec eux ou pour les agréger à la cité, la plupart ont connu des séditions. Ainsi des Achéens fondèrent Sybaris avec des Trézéniens, puis les Achéens devenus majoritaires chassèrent les Trézéniens, d’où la souillure qui échut aux Sybarites. Et à Thourioi des Sybarites entrèrent en conflit avec ceux qui avaient fondé cette cité en même temps qu’eux parce qu’ils s’estimaient en droit d’avoir plus qu’eux sous prétexte que c’était leur propre pays : ils en furent chassés. À Byzance les nouveaux arrivants, pris en flagrant délit de conspiration, furent chassés par les armes.

Les gens d’Antissa chassèrent par les armes ceux qui fuyaient Chios et qu’ils avaient accueillis. Les gens de Zancle ayant accueillis des Samiens, ceux-ci les chassèrent de chez eux. Les Appoloniates du Pont-Euxin connurent des séditions après avoir introduit des étrangers chez eux. Les Syracusains, après la période des tyrans, ayant fait citoyens des étrangers, en l’occurrence des mercenaires, connurent des séditions et en vinrent aux armes. Les gens d’Amphipolis, ayant accepté des colons de Chalcis furent en grande majorité chassés par ces derniers.

Maintenant, reprenons la traduction non sourcée que fait circuler l’extrême droite:

L’absence de communauté nationale est un facteur de guerre civile, tant que les citoyens ne partagent pas les mêmes valeurs de civilisation. Une cité ne se forme pas à partir de gens pris au hasard, et elle a besoin de temps pour se coaguler. C’est pourquoi, parmi ceux qui ont accepté des étrangers pour former une cité avec eux, et pour les intégrer à la cité, la plupart ont connu des guerres civiles. […] Par exemple, les tyrans de Syracuse, en ayant naturalisé les immigrés, ont du subir des révoltes. Citoyens et étrangers en sont venus à se combattre.

Et constatons les éléments de langage:

«communauté nationale» (là où J.B-S-M traduit par « diversité d’origine » et P.P. par « communauté ethnique »): dans le texte « καὶ τὸ μὴ ὁμόφυλον », qui se traduit mot à mot par « le fait de ne pas être de la même tribu », au sens de race chez les anglo-saxons ou chez les français du XIXème, au sens de lignée (fondatrice) chez les Grecs. Il y a ici un glissement vers un concept, la nation, dont personne n’a non seulement réussi à prouver qu’il faisait sens à l’époque où Aristote est censé avoir prononcé ces mots (on traduit souvent le ethnos grec par nation, dans la Bible par exemple ; mais ce n’est pas le homophulon employé ici) , et encore moins qu’il pouvait avoir son sens moderne. À moins d’admettre que l’extrême droite ne conçoive la nation que comme une communauté de sang, ce qui est cohérent avec sa tradition xénophobe.

«guerre civile» (là où J.B-S-M traduit par « révolutions » et P.P. par « sédition »): dans le texte « Στασιωτικὸν », à traduire par soulèvement. Il est intéressant de constater comment un terme indéfini comme « soulèvement » (de qui ? contre qui ?), d’abord mal-traduit par J.B-S-M (il n’y a pas l’idée de retour qu’implique la révolution) devient un vocable à connotation définie chez Pellegrin (la « sédition » comme soulèvement contre l’autorité établie, son armée) pour recouvrir le sens plus large d’opposition potentielle entre groupements non-étatiques. Il faut y voir une volonté, courante dans l’extrême droite, d’évoquer la possibilité, voire le souhait, d’une opposition frontale entre les différents groupes.

«tant que les citoyens ne partagent pas les mêmes valeurs de civilisation» (là où J.B-S-M traduit par « jusqu’à ce que le mélange des races soit complet » et P.P. par « tant que les citoyens n’en sont pas arrivés à respirer d’un même souffle »): dans le texte « ἕως ἂν συμπνεύσῃ » c’est à dire « jusqu’à ce qu’il y ait un souffle commun ». C’est bien la traduction de Pellegrin la plus fidèle, et ces « valeurs de civilisation » ne sont qu’un élément de langage pour donner des gages à une droite qui chercherait des prétextes pour se rapprocher de l’extrême droite.

«et elle a besoin de temps pour se coaguler» : la traduction de ce passage est difficile, et Pellegrin s’en sort parfaitement. Mais une chose est sûre: rien dans le texte d’origine n’évoque une métaphore « sanguine », elle est donc le fruit d’une volonté du traducteur.

«pour les intégrer à la cité» (là où J.B-S-M traduit par « [l’admission au droit de cité de] nouveaux arrivants » et P.P. par « pour les agréger à la cité »): dans le texte « ἐδέξαντο ἢ ἐποίκους » soit « accueillir en son sein (de nouveaux arrivés) ». Encore une fois, Pellegrin trouve le mot juste et neutre: « agréger » n’est pas connoté politiquement, et laisse la possibilité d’un agrégat hétérogène; tandis que « intégrer » porte une lourde charge politique, et induit un résultat homogène. Encore une fois, nous voyons se dessiner en creux le programme de l’extrême droite, consistant à ne laisser d’autre choix à l’autre que de devenir nous-mêmes s’il souhaite faire partie de notre groupe, tout en le lui interdisant puisqu’il n’est pas de notre sang.

«en ayant naturalisé les immigrés» (là où J.B-S-M traduit par « on avait fait citoyens les étrangers et les soldats mercenaires » et P.P. par « ayant fait citoyens des étrangers, en l’occurrence des mercenaires »): dans le texte « τοὺς ξένους καὶ τοὺς μισθοφόρους πολίτας ποιησάμενοι », mot à mot « ayant fait citoyens les étrangers et les mercenaires ». Je dois avouer que je ne m’explique pas ici le « en l’occurrence » de Pellegrin, à moins que des recherches historiques l’aient amené à conclure qu’en l’espèce, Syracuse n’avait fait citoyens QUE ses mercenaires. Mais une chose est sure: les mots « naturalisé » et « immigrés » n’ont rien à faire ici, le premier parce qu’il renvoie au concept de nation dont nous avons vu qu’il est inapplicable, le second parce qu’il ne recouvre pas la réalité historique des « étrangers » (encore moins des « mercenaires ») de la Cité grecque. Il s’agit d’une traduction fausse, qui n’a d’autre objectif que de faire résonner des concepts contemporains qui sont enjeux de lutte politique.

«Citoyens et étrangers en sont venus à se combattre.»: Ici, la traduction rompt le rythme de la phrase d’origine pour fabriquer une principale n’existant nulle part. Ce faisant, elle crée un conclusion facilement mémorisable, évoquant à nouveau les risques d’opposition frontale entre groupes, de manière d’autant plus paradoxale qu’il est difficile de comprendre désormais qui sont les étrangers dont il est question, puisqu’ils viennent d’être « naturalisé(s) ». À moins d’admettre que cette naturalisation est illusoire, et qu’elle ne fera jamais d’eux des citoyens puisqu’ils n’ont pas le même sang.

Force est donc de constater que cette dernière traduction est volontairement fausse: elle n’a d’autre propos que de fournir aux petits soldats incultes d’extrême droite des éléments de langage qu’ils resserviront servilement, fiers de pouvoir convoquer la puissance intellectuelle d’un Aristote, lors de leurs dîners mondains.

Mais tout ceci est d’autant plus truculent qu’en idéalisant l’Antiquité, l’extrême droite fait montre de sa plus notable incompétence historique, comme le dit bien mieux que moi Jean-Claude Carrière (Extrait de « Aristote n’est pas encarté au F.N. », Le Monde, 5 juin 1998)

De la récupération misérable du FN, il n’est pas difficile de discuter le détail. Le genre de racisme dont le FN fait son fonds de commerce n’existe pas dans l’Antiquité ! Les classifications climatiques anciennes qui opposent les Nordiques brutaux et les Asiatiques mous ne sont pas raciales. Si les Grecs traitent tous les autres de « Barbares » (les Romains compris), les autres peuples en font autant : les Perses, les Hébreux, les Romains, sont persuadés d’être le sel de la terre, et cela permet aux Perses, aux Grecs et aux Romains de justifier les pires des pratiques hégémoniques. Et cela n’empêche nullement les Grecs ou les Romains de répéter que les peuples des confins ont les sociétés les plus merveilleuses : Ethiopiens (Noirs) d’Afrique, Indiens, Hyperboréens du Grand Nord, Germains sauvages des forêts. Enfin, les prétendues inégalités « naturelles » d’Aristote sont individuelles, pas raciales.

Quant au goût de l’indépendance des Grecs, parlons-en. Il a fait rigoler toute la fin de l’Antiquité ! Les Grecs n’ont à peu près jamais été capables de s’unir politiquement, pas même contre la Macédoine et contre Rome. Pendant quelques siècles, ils se sont allègrement étripés entre eux jusqu’à la ruine. Résultat : ils y ont perdu leur liberté et leur richesse et sont devenus les sujets de Rome comme les autres. Moins imbéciles, les penseurs de Rome, comme l’empereur Claude sur les Tables de Lyon, ont répété : « N’imitons pas les « petits Grecs », incapables de distribuer leur citoyenneté. » Eux, substituant à la domination d’un peuple sur les autres la domination des riches sur les prolétaires, à l’échelle de l’empire, ont fait d’un notable d’Asie l’égal d’un notable d’Italie ou de Gaule et ont fini, en 212, par donner la citoyenneté romaine à tous les hommes de l’empire, de la Mésopotamie à l’Atlantique et de la mer du Nord au Sahara et à la Haute-Egypte.

Publicités

2 réflexions sur “Le monde des faux A

  1. Eux, substituant à la domination d’un peuple sur les autres la domination des riches sur les prolétaires, à l’échelle de l’empire, ont fait d’un notable d’Asie l’égal d’un notable d’Italie ou de Gaule et ont fini, en 212, par donner la citoyenneté romaine à tous les hommes de l’empire, de la Mésopotamie à l’Atlantique et de la mer du Nord au Sahara et à la Haute-Egypte.

    … et de s’effondrer 80 après

    1. Non, l’empire romain a duré et enfanté de l’Europe médiévale, fille de Rome.

      Cela étant, la conclusion de l’article est celle de 2 visions du monde, celle d’un univers mondialisé où les principales différences sont celles de classe, et celle d’un univers atomisé où l’appartenance à une cité particulière est la principale source d’identités (même si les esclaves…. mais bon).

      Le FN se réclame effectivement du non-universalisme, de l’identité « nationale » (en réalité ethnique, le mot a été complètement retourné de son sens en 200 ans). Le FN incarne une vision complètement assumée de l’ordre du monde, et c’est probablement pour cela qu’il progresse et engrange des succès électoraux, parce qu’il sait ce qu’il veut, lui, et que par conséquent sa propagande et efficace.

      A l’inverse, le PS, plutôt européiste (voire même internationaliste), en tâchant de ménager les susceptibilités, ne dit pas clairement qu’il veut une Europe fédérale, la dissolution de l’Etat-nation dans un ensemble trans-national. Le débat en reste au point de « qui sert au mieux les intérêts de la France ? », un terrain où forcément le FN est plus à l’aise. Alors que le débat pourrait très bien être « faut-il en rester à l’Etat Nation bicentenaire, ou bien inventer un nouvel horizon politique à l’échelle de l’Europe ? », un terrain plus intéressant, où le discours progressiste pourrait pleinement s’épanouir et résister frontalement à celui du FN.

      Quant à l’UMP, elle est composée de gens qui ne veulent pas la même choses. Difficile donc d’avoir un discours qui porte sur ces questions de civilisation.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s