Voici une petite traduction rapide d’un fil de tweets écrits ce matin par Jason P. Steed ( @5thCircAppeals sur Twitter) à propos de ce que vient de dire Donald Trump.

Edit du 10.08.16 à 15h42: sur une remarque très pertinente de @laflijan j’apprends que notre magnifique langue possède les termes endogroupe (groupe auquel on appartient) et exogroupe (groupe auquel on n’appartient pas) pour traduire très exactement les termes employés par l’auteur, beaucoup mieux que mes pauvres groupes « dedans » & « dehors ». Je prends acte et modifie ma traduction dans ce sens, tandis que je corrige quelques coquilles.

  1. J’ai écrit ma thèse de Doctorat sur la fonction sociale de l’humour (dans la littérature et le cinéma) et voici ce que je pense du « naan, j’déconne »
  2. Ce n’est jamais ce que vous faites vraiment. Personne ne fait jamais juste « que déconner ». L’humour est un acte social qui a — toujours — une fonction.
  3. Dire que l’humour est un acte social, c’est dire qu’il s’inscrit toujours dans un contexte social; nous ne faisons jamais de l’humour seuls. L’humour est l’un des moyens à notre disposition pour interagir et créer du lien avec autrui.
  4. Il en découle que l’humour est une façon de construire notre identité, ce que nous sommes, en relation avec les autres. Nous utilisons l’humour pour former des groupes…
  5. … et pour trouver notre place dans ou en dehors de ces groupes. Pour faire court, l’humour est l’un des outils par lesquels nous nous assimilons ou nous nous aliénons.
  6. En d’autres termes, nous utilisons l’humour pour amener des gens dans, ou les garder hors, de groupes sociaux. C’est ce que l’humour fait, ce à quoi il sert.
  7. Ainsi, la manière dont nous utilisons l’humour a parti lié avec l’éthique: qui nous admettons, qui nous rejetons, pourquoi et comment.
  8. Et cette fonction d’assimilation / rejet de l’humour s’applique aux personnes mais aussi aux idées. C’est important.
  9. C’est pourquoi, par exemple, les « blagues » racistes sont détestables. Pas seulement parce qu’elle servent à aliéner certaines personnes, mais aussi parce que…
  10. … elles permettent d’assimiler l’idée de racisme (l’idée d’aliéner des personnes à cause de leur appartenance ethnique). Ainsi en arrivons nous à Trump.
  11. Une « blague » raciste envoie à l’endogroupe le message que le racisme est acceptable (si vous ne le trouvez pas acceptable, vous êtes dans l’exogroupe)
  12. Le raciste qui raconte la « blague » peut terminer par « naan, j’déconne », mais il s’agit d’une défense contre l’exogroupe. Il n’a pas besoin de le dire aux gens de l’endogroupe.
  13. C’est la raison pour laquelle nous ne faisons jamais juste que « déconner ». Pour l’endogroupe, il n’y a pas besoin de défendre la « blague »; l’idée qu’elle véhicule est acceptée / acceptable.
  14. Donc, lorsque Trump « blague » sur la possibilité d’un assassinat [de Clinton, N.d.T] ou d’une insurrection armée, il invite l’endogroupe à assimiler / accepter cette idée. C’est le propos de cette « blague ».
  15. Et lorsqu’il dit « naan, j’déconne », c’est une défense qu’il dirige contre l’exogroupe, dont il n’a jamais été question qu’il accepte cette idée.
  16. À vrai dire, pour en revenir au début, la « blague » elle-même est un moyen de définir l’endogroupe & l’exogroupe, à travers le double jeu assimilation / aliénation.
  17. Si vous êtes prêts à accepter le « naan, j’déconne » comme une défense, vous signifiez votre volonté d’entrer dans l’endogroupe, groupe dans lequel l’idée que véhicule cette « blague » est acceptable.
  18. En d’autres termes, si le « naan, j’déconne » cherche à excuser une « blague » raciste, c’est que l’endogroupe a accepté l’idée du racisme.
  19. Il en va de même pour les « blagues » à propos d’une révolte armée ou de l’assassinat d’Hillary Clinton: on ne peut pas s’en sortir avec un « naan, j’déconne ».
  20. Attention cependant: l’humour (comme tout ce qui forme le langage) est une chose compliquée, toujours sujette à interprétation. Par exemple, il existe…
  21. des formes d’humour raciste qui cherchent à aliéner (plutôt qu’à assimiler) l’idée de racisme (pensez à la satire ou à la parodie).
  22. Mais il me semble clair que Trump n’était pas en train de s’essayer à cette forme complexe d’humour. Il ne faisait juste que « déconner », dans le pire sens du terme.
  23. Conclusion: n’acceptez pas le « naan, j’déconne » comme une excuse pour ce que Trump a dit aujourd’hui. L’endogroupe pour cette blague se doit d’être ridiculement petit. Comme les mains de Trump.
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